36ème Congrès Mondial des Agriculteurs de la FIPA

Rapport du Comité Africain
Washington, États-Unis, Mai 2004

 

 

Ouverture de la réunion


M. Mohamed Idris, président du Comité des agriculteurs africains, a ouvert la réunion en accueillant chaleureusement tous les dirigeants agricoles africains et autres personnes présentes. Le président a présenté un résumé des points de l’ordre du jour qui a été adopté par l’assemblée. Les membres se sont présentés et ont soumis un bref rapport de la situation alimentaire dans leurs pays respectifs.
 


Suivi de la Déclaration de Bamako


M. Sekou Oumar Tall, vice-président du Comité, a présenté la Déclaration de Bamako adoptée par les dirigeants à Bamako (Mali) en 2003. Ce document a servi à exercer des pressions auprès des chefs d’État africains lors de leur réunion à Maputo en juillet 2003. Les dirigeants agricoles ont demandé aux chefs d’État :

 

  • d’augmenter le budget alloué au secteur agricole;
  • de renverser la tendance de la réduction des ressources accordées au secteur agricole;
  • d’aider les institutions financières à accroître leur soutien à l’agriculture;
  • de renforcer le partenariat entre les organisations agricoles et d’autres partenaires de développement;
  • de faciliter l’accès aux instruments de production, à la terre, à l’eau, au crédit et au financement.

 

Pendant la réunion des chefs d’État à Maputo en juillet 2003, la plupart de ces demandes ont été adoptées dans la Déclaration de Maputo. Les  chefs d’État se sont engagés à augmenter la part du budget national consacrée à l’agriculture à 10 %, et à adopter de saines politiques de développement rural et d’agriculture. Ils se sont également engagés à consulter la société civile et à travailler en tant que partenaires.

 

Ce rapport a été suivi d’un débat sur ce que chaque région avait fait pour donner suite aux engagements pris par les gouvernements. La plupart des membres ont dit avoir participé aux consultations avec les blocs économiques régionaux. La région d’Afrique de l’Ouest s’est trouvée plus intégrée à ce processus que le reste du continent. Les dirigeants agricoles ont résolu de participer davantage au niveau national. Ils ont également convenu de s’écarter d’un trop grand nombre de déclarations pour au contraire se doter d’un plan concret d’action qu’ils pourraient suivre eux-mêmes dans le cadre de la lutte contre la pauvreté en Afrique. Les dirigeants se sont engagés à relever le défi de nourrir les Africains. Ils ont décidé d’accélérer leurs travaux de défense de leurs intérêts aux niveaux national, régional et international, et à s’attaquer à certains des défis, notamment l’accès au marché, les politiques agricoles nationales, ainsi que les conventions, protocoles et accords internationaux qui nuisent parfois aux agriculteurs. Le Comité devrait dans l’avenir mettre en commun les expériences de ceux qui ont réussi à exercer des pressions afin que les autres puissent en tirer les leçons voulues.

 

Le président a demandé aux dirigeants agricoles de s’assurer de servir les intérêts des agriculteurs à la base en respectant des valeurs de responsabilisation, de transparence et de démocratie.

Le Secrétariat de la FIPA pourrait aider les organismes à se doter d’un instrument de surveillance pour que la direction soit comptable de ses actes envers ses membres.


Activation du NEPAD pour les agriculteurs


M. Philip Kiriro, vice-président de la FIPA, a présenté le processus et les résultats de l’engagement des organisations agricoles dans le processus du NEPAD. Le Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’ouest (ROPPA), les organisations agricoles de la région d’Afrique centrale et des régions d’Afrique de l’Est et d’Afrique australe ont tenu une série d’ateliers pour se renseigner davantage sur le volet agricole du NEPAD, renforçant ainsi les capacités des agriculteurs qui veulent participer avec les gouvernements à ce processus. Les régions ont organisé leurs propres ateliers pour ensuite tenir un atelier de synthèse en Afrique du Sud en mars 2004.

 

Les agriculteurs demeurent surtout préoccupés par l’attention excessive qu’accordent les gouvernements à donner des preuves de leurs bonnes intentions sans assurer beaucoup de suivi. Toutefois, ils aimeraient adhérer aux idéaux du NEPAD et collaborer étroitement avec les gouvernements pour chercher des moyens d’harmoniser les travaux des organisations avec ces mêmes intentions.

 

À l’issue d’un débat, les membres avaient l’impression qu’il fallait vérifier auprès de chaque pays comment le NEPAD est mis en œuvre, et préparer une participation concrète au processus.

 


Développer l’agriculture africaine depuis la terre jusqu’aux marchés


Le Dr Henk Breman, chercheur du Centre international pour la fertilité des sols et le développement agricole (IFDC), a présenté les travaux de son Institut sur les sols africains et sur l’emploi d’engrais. La nécessité d’utiliser de fortes quantités d’azote pour maintenir la base de ressources naturelles des sols africains a été abordée, à la lumière des travaux effectués par cet Institut. Même si les quantités varient d’une région à l’autre, l’exploitation intensive des sols africains sans réapprovisionnement adéquat d’éléments nutritifs s’est avérée une menace de taille pour cet écosystème fragile, et semble expliquer le rendement relativement faible enregistré dans l’ensemble du continent.

 

Après des délibérations sur ce sujet, plusieurs pays doivent se renseigner davantage sur leur propre pays et sur les mesures correctives possibles. Il a été recommandé que plusieurs pays précisent les renseignements qu’ils aimeraient recevoir de cet Institut pour ensuite les transmettre à leurs agriculteurs et pour poursuivre des travaux de recherche en collaboration aux niveaux sous-régional et national.


Renforcer les liens entre les organisations agricoles et le FARA, le réseau de recherche agricole en Afrique :


Le Dr Ola Smith, secrétaire général du Forum mondial de la recherche agricole (GFAR), a expliqué les objectifs et le fonctionnement de cette institution. Sa mission consiste à mobiliser la communauté scientifique et les parties prenantes de la recherche agricole à des fins de développement, et de soutenir leurs efforts de réduction de pauvreté, d’amélioration de la sécurité alimentaire et de promotion d’une exploitation durable des ressources naturelles. Il a présenté Mme Lydia Sasu, présidente du Farmers Network in Ghana (FONG), qui a fait part des expériences menées avec le Forum africain pour la recherche agricole (FARA).

 

Mme Sasu a expliqué que le FARA est un forum de recherche agricole qui rassemble des parties prenantes de la société civile, des stations de recherche nationales, du secteur privé, des gouvernements et des réseaux mondiaux de recherche.

 

Les organisations agricoles du Ghana ont collaboré avec le FARA pour renforcer les capacités des agriculteurs à la base afin qu’ils puissent participer davantage au programme de travaux agricoles. Ceci s’est fait par la formation sur place des agriculteurs et par l’échange d’information.

 

Après une période de discussion et de questions, il a été convenu que la recherche agricole demeure une source importante de compétences et de technologies pour les petits exploitants, mais que l’écart entre les deux a continué de s’élargir avec le retrait des services de vulgarisation et le recul du soutien accordé à la recherche publique par de nombreux gouvernements africains et de nombreux organismes donateurs. 

Il faut donc que les organisations agricoles explorent la possibilité d’un dialogue structuré avec les instituts de recherche nationaux, et trouvent des moyens qui permettront aux chercheurs de vulgariser davantage leurs travaux auprès des agriculteurs.

 

Les instituts de recherche devraient également faire participer les agriculteurs à leurs structures décisionnelles pour garantir que le programme de recherche réponde aux besoins des agriculteurs. 


Accords de partenariat économique en Afrique : Participation des organisations agricoles, Geert Laporte, ECDPM


Cet exposé a fait état du processus et des progrès accomplis dans les négociations commerciales entre l’UE et le Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) :

 

Depuis septembre 2002, le Groupe ACP et l’UE mènent des négociations conjointes dans le cadre de l’Accord de Cotonou, signé au Bénin en 2000.  L’objectif de ces négociations consiste à aboutir à des « Accords de partenariat économique » (EPA) qui devraient idéalement contribuer au développement des États ACP tout en demeurant compatibles avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce.

 

Les EPA sont des zones de libre-échange négociées entre l’UE et les divers groupes régionaux des États ACP qui ont pour but de faciliter le commerce entre eux en éliminant les barrières tarifaires, les barrières non tarifaires ou les obstacles techniques.

 

Ils auront des implications majeures dans le milieu agricole :

L’élimination des tarifs peut présenter certains débouchés pour les agriculteurs, mais aussi des risques importants. L’impact réel dépendra du résultat des négociations et de la nature des accords conclus entre chaque groupe régional et l’UE. Il est donc indispensable que les agriculteurs et leurs représentants prennent part aux négociations, qu’ils interviennent par la voie des organisations agricoles et d’autres associations pour affirmer leurs demandes et défendre leurs intérêts.

 

Les organisations agricoles doivent donc renforcer leurs capacités pour maîtriser un programme commercial de plus en plus complexe.

 

Le CCD de la FIPA et l’ECDPM lanceront plusieurs activités de renforcement des capacités pour aider les organisations agricoles dans cette tâche, notamment : notes d’information sur le renforcement des capacités pour le commerce à l’intention des agriculteurs pour qu’ils puissent échanger leurs expériences sur le renforcement des capacités et la participation des organisations agricoles du Sud à l’élaboration des politiques commerciales et aux négociations internationales.

 


Conclusion


Les dirigeants agricoles africains ont demandé au Secrétariat de la FIPA de faire une synthèse des positions adoptées face aux défis que les agriculteurs africains doivent relever, aux fins de les aider à exercer des pressions d’une voie plus unifiée et donc plus forte. Ceci devrait se faire progressivement pour figurer à l’ordre du jour de la prochaine réunion du Comité en 2005.

 

M. Bacha, président d’UTAP (Tunisie), a invité le Comité à tenir sa prochaine réunion en Tunisie en 2005, ce qui fut accepté.

 

Il a été décidé de maintenir la même composition du bureau et de tenir des élections à la réunion qui aura lieu en Tunisie en 2005. Les membres du bureau actuel sont les suivants :

Président :          L’honorable Mohamed Idris (République arabe d’Égypte)

Vice-président : M. Sekou Oumar Tall (Mali)

Vice-président : M. Chebet Maikut (Ouganda)

Vice-président : M. Abdelbaki Bacha

Mme Mercy Karanja, secrétaire du Comité, a exposé les points faisant l’objet d’une entente, et le président a clos la réunion.