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24ème rencontre des Milieux Economiques et Sociaux ACP-UE
Bruxelles, 28-30 juin 2005
Rapport du Secrétariat de la FIPA
Introduction
Une délégation de la FIPA, comprenant 9 leaders agricoles issus des pays ACP ainsi qu’un représentant du Secrétariat de la FIPA, Nora Ourabah Haddad, ont pris part à la 24ème rencontre de l’ACP-UE, tenue à Bruxelles du 28 au 30 juin et organisée par les milieux économiques et sociaux. Cette rencontre a rassemblé environ 200 délégués, parmi lesquels des représentants des 77 pays ACP, des membres du Comité Economique et Social Européen (CESE), des membres des Conseils Economiques et Sociaux ACP, de représentant des Institutions Européennes, le Secrétariat de l’ACP ainsi que l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE et des représentants des organisations socioprofessionnelles internationales (employeurs, syndicats, agriculteurs et consommateurs) et des ONG.
Les principaux objectifs de cette rencontre étaient les suivants :
- Informer les délégués sur l’Accord Cotonou et sur les relations ACP-UE
- Evaluer la mise en œuvre de l’accord Cotonou et la participation des Acteurs Non Etatiques (ANE)
- Suivre les négociations des Accords de Partenariat Economique (APE)
- Engager un dialogue sur le processus consultatif et un dialogue social
- Examiner la question de « l’intégration régionale et du développement social » à partir de deux rapports élaborés au cours du Comité de Suivi ACP-UE
- Evaluer le travail réalisé par le Comité de Suivi ACP-UE au cours de sa dernière mission et adopter officiellement le programme de travail de la période 2005-2006.
Cette rencontre a été marquée par le haut niveau des participants, en la personne de deux Commissaires européens au Développement et au Commerce, à savoir M. Louis Michel et M. Peter Mandelson. Les deux Commissaires ont reconnu l’importance du rôle des Acteurs Non Etatiques (ANE) à tous les niveaux des processus de prise de décision de la formulation à la mise en œuvre et au suivi. Ils ont également fait part de leur volonté de les impliquer aux discussions relatives aux questions de commerce et de développement. Ils se sont engagés à faciliter leur intégration à différents processus et négociations.
Les participants ont estimé que la rencontre avait été fructueuse tant au niveau du contenu et de l’intensité des discussions que de l’espace donné aux ANE pour faire part de leurs points de vue. Les délégués, y compris la délégation de la FIPA, ont également fait part de leur satisfaction eu égard aux conclusions adoptées à la fin de la rencontre.
1- Réunion préparatoire ACP-EU : groupe 3 « intérêts divers » (agriculteurs et consommateurs), Matin du 28 juin
La réunion préparatoire du Groupe 3, représentant les agriculteurs et les consommateurs, était présidée par M. Nilsson, leader agricole et Président du Groupe 3 du CESE. Elle a eu lieu sous la forme d’une discussion brainstorming destinée à souligner les principales questions en jeu relativement à ce groupe d’intérêt devant être posées au cours de la rencontre du 28 au 30 juin.
Les principales questions soulevées sont les suivantes :
- Sommet G 8 au Royaume-Uni (3-8 juillet)
- La nécessité du sommet G8 imminent au Royaume-Uni (du 3 au 8 juillet) pour donner la priorité à une aide meilleure et plus ciblée à l’agriculture dans le processus des plans de redistribution suivant la décision d’éradication prise par 14 pays africains. En fait, il est essentiel de reconnaître l’agriculture en tant que moteur du développement.
- La nécessité de supprimer les règles commerciales inéquitables
- La nécessité d’une transparence plus importante en veillant à ce que l’aide aille à la bonne cible. Par conséquent, la surveillance est essentielle. En bref, les bénéficiaires ont besoin « d’une aide qui les aide à ne plus avoir besoin d’aide ». Les pays en voie de développement doivent participer à l’arène internationale de façon indépendante et dynamique de manière à retrouver leur dignité.
- Créer un lien entre les consommateurs et les agriculteurs
Les participants se sont tous convenus de la nécessité pour les agriculteurs et les consommateurs d’adopter des points de vue communs de manière à renforcer leurs impacts sur les décisions relatives aux questions alimentaires comme par exemple l’étiquetage, les mesures sanitaires, le changement d’attitude des consommateurs envers l’alimentation… Les agriculteurs ont fait part de leur souhait d’avoir une discussion avec les consommateurs dans le but de trouver des solutions communes, notamment sur la question du coût de la production alimentaire.
- Inégalités dans les négociations APE au niveau régional
Certaines régions sont plus avancées dans le processus d’intégration des ANE aux processus de négociation sur les APE. Certaines régions telles que l’Afrique Centrale n’ont même pas encore commencer à donner une structure à leur société civile. Par conséquent, les débats n’ont même pas encore eu lieu. Les organisations agricoles de la région sont très faibles. Très souvent, elles ne participent pas à ces négociations.
Il est nécessaire que l’UE lance des études d’impact sur les effets des APE sur les petits exploitants.
- Manque de participation des Acteurs Non Etatiques
Les participants ont unanimement reconnu le manque de participation des organisations de société civile aux négociations et aux processus de mise en œuvre de l’Accord Cotonou
Ainsi, Ils ont demandé :
- Une réelle participation de tous les ANE, de la formulation à la mise en œuvre et à la surveillance de manière à pouvoir évaluer les impacts des négociations.
- Accès au marché
- Comme l’un des leaders agricoles l’a indiqué, il semble que « plus les agriculteurs produisent, plus ils sont pauvres ». Les agriculteurs sont confrontés au véritable problème de gagner un accès sûr aux marchés. Ceci étaye la question de la capacité. Et pourtant, l’agriculture est le pivot des économies africaines et les agriculteurs représentent l’élément le plus faible de la chaîne alimentaire.
- Les participants ont demandé une préférence spéciale pour les pays en voie de développement en termes d’accès au marché des produits agricoles.
- Impacts des conflits et de l’instabilité météorologique (climat) sur l’agriculture
- Les conflits et l’instabilité sont à la source de l’augmentation de la pauvreté dans les pays ACP. Les impacts directs sur l’agriculture et les agriculteurs ne doivent pas être ignorés. Ils empêchent toute avance des négociations et des processus d’intégration économique.
- Les questions de police d’assurance sont importantes pour les agriculteurs, les catastrophes naturelles ayant des effets directs sur la sécurité alimentaire des agriculteurs.
- Questions de qualité
- La question de l’étiquetage des produits représente un coût pour le consommateur. Celui-ci, par l’intermédiaire de l’OMC, devrait pouvoir être en mesure de faire des choix informés.
- Intégration régionale et développement durable
M. Kiriro, nommé il y a de cela deux ans rapporteur du Groupe 3, relativement au document sur « l’intégration régionale et le développement durable », a défini les questions clefs suivantes dans la dernière version du projet :
- Tirer profit des marchés immédiats est essentiel. Des agriculteurs de différents pays ACP essaient de mettre en place le processus d’intégration mais rencontrent des difficultés en tentant de rassembler les gens.
Malgré ces difficultés, 4 réseaux d’agriculteurs sous-régionaux ont vu le jour en Afrique. Ces réseaux ont développé des liens entre eux et travaillent ensemble, notamment sur les politiques agricoles communes au niveau du NEPAD. Cette initiative est destinée à développer des relations commerciales régionales dans le but de contrebalancer les produits agricoles concurrents issus de certains pays latino-américains sur les marchés ACP (notamment l’Afrique).
- Il existe une sensibilisation et une participation croissantes des ANE. Cependant, une meilleure participation d’autres acteurs, à savoir les syndicats et les employeurs, qui représentent le moteur des économies africaines, est nécessaire.
- Renforcement de la capacité
Des signes encourageants, sous la forme de financements au niveau sous-régional, sont attribués dans un but de participation.
En conclusion, M. Kiriro a indiqué la nécessité de s’attaquer aux questions commerciales et notamment au soutien apporté à l’agriculture. Il est nécessaire de veiller à un soutien efficace au secteur agricole pour en faire bénéficier les agriculteurs du monde entier.
2- Session inaugurale
Cette session a été ouverte par Mme Sigmund (Autriche), Présidente du CESE. Elle a insisté sur la nécessité d’un dialogue plus structuré avec les ANE et demandé à la Commission Européenne de faire plus pour rassurer les pays ACP et proposer des améliorations aux APE.
Mme Hay Webster, Co-Présidente de l’Assemblée Parlementaire Paritaire ACP-UE a centré son intervention sur l’évaluation des résultats de la mise en œuvre de l’Accord Cotonou. L’amélioration de l’intégration des acteurs socio-économiques aux négociations APE et la priorité accrue donnée au processus d’intégration régionale comptent parmi les résultats positifs. Elle a également souligné certains des aspects négatifs, dont le manque d’efficacité dans l’utilisation (quantité et qualité) du FDE (Fonds de Développement Européen) et le manque de coordination au sein des organisations européennes.
M. Engeldinger, Directeur Adjoint de la Coopération et du Développement au Ministère des Affaires Etrangères et de l’Immigration du Luxembourg et Président du Conseil de l’UE, a insisté sur le fait que l’Accord ACP-UE est un bon modèle mais qu’une cohérence plus importante est nécessaire entre l’UE et ses partenaires de la région ACP. Il a bien accueilli la récente initiative de l’UE de faciliter l’accès au financement pour les ANE. Ceci traduit la volonté de la Commission Européenne (CE) relativement à une flexibilité plus grande dans le mécanisme de gestion de l’aide, ainsi que la volonté de simplifier les procédures et d’éclaircir les rôles et responsabilités des Ordonnateurs Nationaux. Pour clore cette session inaugurale, M. Theodorakis de la CE a insisté sur l’importance de la cohérence au sein des organismes et politiques de l’UE. Il est notamment important d’établir un lien entre les politiques de développement communautaires et les objectifs en matière de pauvreté. Le plus grand des défis est de traduire les mots en action.
3- Intégration régionale et développement durable
Deux documents sur « l’intégration régionale et le développement durable » ont été respectivement présentés par M. Ehnmark (Suède), membre du Comité de Suivi du CESE et M. Kiriro (Kenya), Vice-Président de la FIPA et membre du Comité de Suivi ACP-UE du CESE (voir projets ci-joints).
Les principales questions nées de ces deux présentations sont les suivantes :
- Processus : Nécessité d’un partenariat donnant un rôle à chacune des parties :
Secteur public : rôle de facilitation
Acteurs Non Etatiques : participation et implication
Dans cette approche importante, pour réussir il est nécessaire que les pays facilitent :
L’accès à l’information, le renforcement de la capacité pour établir un dialogue crédible et la création d’un mécanisme ou d’un espace de développement du dialogue politique. Tout ceci a trait à un processus transparent et démocratique.
Les principales questions nées de la discussion ayant suivi ces présentations :
- Participation
L’instabilité empêche la participation et l’intégration régionale
Partout, la participation et l’implication des ANE aux dialogues est inefficace. Il est nécessaire que les gouvernements nationaux établissent des forums de société civile pour permettre ces dialogues ainsi que des mécanismes de participation pour aider les Acteurs Non Etatiques (ANE) à participer eux-mêmes à la lutte contre la pauvreté.
- Avant de développer les échanges, nous devrions d’abord penser à construire des projets agricoles communs. Ceci résoudrait partiellement le problème des importations. Par conséquent, nous devrions réfléchir à la manière dont produire au niveau local avant de réfléchir à la commercialisation au niveau international. De cette manière, les pays bénéficieront mieux des ouvertures de marchés.
Il est nécessaire d’harmoniser les politiques agricoles au niveau sous-régional avant de mettre en œuvre les APE et par conséquent affronter la libéralisation. Les économies ACP ne sont pas encore consolidées. La question de l’ordonnancement est de la plus haute importance.
Par conséquent, il est nécessaire de trouver les bons mécanismes et de développer une agriculture solide ainsi que des systèmes préférentiels pour les produits ACP, de manière à protéger l’agriculture dans une certaines mesure sans fausser les marchés (conformément aux règles de l’OMC).
- La suppression des contraintes d’offre est essentielle à l’achèvement du processus d’intégration régionale. En vérité, les investisseurs étrangers sont attirés lorsque l’investissement local est fructueux.
- Il est nécessaire de supprimer les barrières et les goulots d’étranglement, notamment ceux liés à la bureaucratie. Le renforcement de la capacité pour aider à atteindre la décentralisation de l’administration et des pouvoirs financiers est donc essentiel.
- La question de la représentativité des ANE a été soulevée.
4- Evaluation de la Mise en Œuvre de l’Accord Cotonou
La Commission Européenne a présenté son rapport d’évaluation sur la Mise en œuvre de l’Accord Cotonou en soulignant les progrès au niveau de l’implication des ANE. Cependant, certains défauts ont été reconnus par la Commission Européenne comme des défis futurs à surmonter. La nouvelle perspective financière de 2007-2013 représente de nouvelles opportunités pour une meilleure intégrations des ANE.
Le Président du Comité de Suivi du CESE a présenté le rapport d’Evaluation du CESE sur l’implication des ANE.
Ce rapport est le résultat d’une étude qui a suivi une approche par le bas. Certains des points principaux de ce rapport sont : le dialogue avec les autorités nationales a progressé, la Commission Européenne a facilité les conditions d’accès au financement.
Enfin, le Secrétariat ACP a présenté son propre rapport sur le même thème. Les questions principales soulevées sont les suivantes : le développement de la coopération avec l’UE, il y a plus de place pour l’intégration régionale, la rationalisation du soutien apporté au secteur privé, les ANE sont encouragés à mettre en œuvre l’Accord Cotonou, le FDE n’a pas été entièrement dépensé, les Programmes Indicatifs Nationaux (PIN) font l’objet d’un Examen de Mi-Semestre
Les besoins sont les suivants : Gagner un accès préférentiel au marché communautaire, une cohérence accrue entre les finances et les politiques commerciales, la participation des ANE à la définition de politiques de coopération, la mise en œuvre de Cotonou est perçue de manière négative par les pays ACP.
En conclusion, il reste un certain nombre de contraintes qui sont liées aux nouveaux instruments introduits par l’Union Européenne. Les Acteurs Non Etatiques sont donc nécessaires à l’amélioration de la mise en œuvre de l’Accord Cotonou.
La discussion de l’auditoire a mis en évidence les éléments suivants :
- Les procédures d’accès au financement sont beaucoup trop complexes. Il est nécessaire de les simplifier.
- Le VIH-SIDA est une question grave qui a eu incidence sur le lieu de travail
- Il y a un manque de cohérence et de coordination entre le Programme Indicatif National et les Programmes Indicatifs Régionaux.
- Pour que les APE soient plus profitables aux pays ACP, ils doivent dépasser leur simple aspect commercial. L’accord relatif à « Tout sauf les Armes » est important mais insuffisant. Une importante plus importante devrait être donnée au renforcement de la capacité. Les ressources humaines, institutionnelles, et le renforcement de la capacité sur ces questions sont notamment absolument nécessaires. Par conséquent, le renforcement de la capacité financière est nécessaire mais insuffisant.
- Il est nécessaire de mettre en place une mise à jour continue des informations sur Cotonou en faveur des ANE
- La décision de nommer une personne ressource responsable des relations avec les organisations de société civile dans chaque délégation de la Commission Européenne dans les pays ACP, a été approuvée mais pas encore mise en œuvre. Les participants ont vivement recommandé à la Commission de prendre les mesures appropriées à cet égard.
- L’aide devrait être plus efficace dans le fait qu’elle devrait représenter un investissement. L’aide devrait être distribuée aux organisations de société civile qui atteignent les objectifs préalablement fixés, l’analyse de l’impact, le développement de dialogues, le renforcement de la capacité et des programmes de formation. Ces organisation ont un rôle clef à jouer dans les pays ACP. Le CESE devrait être plus actif dans la promotion de ses points de vue envers la Commission Européenne.
- La Commission Européenne reconnaît l’absence de mise en œuvre d’une approche participative. Elle reconnaît que des études de cartographie sont nécessaires pour mieux identifier les besoins et problèmes réels des ANE et établir alors une demande de financement adéquate.
5- L’approche participative : promotion de la fonction consultative et dialogue social
Cette session a été marquée par l’intervention du Commissaire européen au commerce, M. Mandelson. Son discours avait pour vocation de rassurer les participants, principalement de la region ACP, sur l’importance de la dimension sociale construite dans les APE et l’importance de « leur donner vie plutôt que les regarder sur le papier ». Il a insisté sur la dimension flexible des APE et sur le fait qu’ils devraient être considérés comme une occasion de pousser l’ACP vers l’intégration économique. Ceci inclut également la possibilité pour les pays ACP de prendre le temps d’ouvrir leurs marchés.
Il a également mentionné que les APE doivent être adaptés aux contextes et besoins régionaux particuliers. La dimension de réciprocité des APE est nécessaire au respect des règles et règlements de l’OMC. Les APE peuvent aider à faire gagner en stabilité et prévisibilité les marchés africains pour développer la confiance des investisseurs.
Le principal objectif des APE est de renforcer la compétitivité dans un contexte de développement des marchés et d’amélioration du commerce Sud-Sud.
Le Commissaire Mandelson serait prêt à rencontrer les 6 groupes représentant les différentes sous-régions de l’ACP. L’échéance de 2007 est proche et il y a une pression pour accélérer le travail pour la mise en œuvre des APE.
Le Commissaire a fait part de sa volonté d’écouter ce que les ANE avaient à proposer pour les impliquer totalement dans la politique commerciale en général.
La discussion qui a suivi a posé les questions suivantes :
- Participation des ANE : M. Mandelson a affirmé que, pour faire face au manque d’intégration des ANE dans certains pays ACP, il est nécessaire d’institutionnaliser le dialogue social au niveau régional. Ce dialogue devrait atteindre les agriculteurs individuels. Il est impossible de supprimer les barrières en une nuit. La chose la plus importante pour les agriculteurs est de mettre leurs produits sur les marchés et obtenir un revenu décent. Tous changements dans les relations commerciales doivent être gérés de la manière adéquate en établissant des mesures préliminaires.
- Ouvertures sur le marché : Les APE sont asymétriques et varient en fonction des pays. Il a affirmé que les avantages des ouvertures de marché devraient être considérés comme un tremplin à long terme, avec des mouvements progressifs.
Globalement, le message principal du Commissaire était que les forces du marchés ne créent pas d’elles-mêmes la prospérité. Nous devons nous montrer prudents sur ce qu’il appelle « les conséquences imprévues de ce qui paraît bon sur papier », étant donné que cela peut avoir une conséquence […] sans tenir compte des points de vue et réactions des gens sur ce qui a été écrit sur papier.
6- Présentation des Négociations des Accords de Partenariat Economique (APE)
Des représentants de la DG Commerce de la Commission Européenne (CE), MM. Dihm et Wagner, suite au discours d’ouverture du Commissaire Mandelson, ont insisté sur la dimension flexible des APE qui doivent être prises comme un outil de développement. Les négociations APE sont un processus complexe qui n’implique pas les états individuels mais sont négociés au niveau sous-régional.
Ils ont également relevé l’importance de la prévisibilité des règles de manière à offrir un environnement d’investissement attractif dans la région ACP. Il a réaffirmé la volonté de la Commission de dialoguer avec les parties prenantes. Il a notamment cité l’échange continu sur l’analyse de l’impact.
En contraste avec le discours rassurant de la CE, M. Jeetun, membre du Comité de Suivi ACP-UE représentant le groupe des employeurs du côté de l’ACP, a fait part de ses inquiétudes concernant l’hétérogénéité existante des situations entre les régions et les pays ainsi que le manque de relations commerciales au sein de la région ACP.
Les APE auraient dû être construits sur des structures existantes, émanant des infrastructures locales, a-t-il indiqué. Malgré la complexité du processus APE, les ANE devraient de toute évidence participer aux négociations étant donné que celles-ci auront un impact sur le commerce et l’agriculture.
M. Dantin, membre du Comité de Suivi ACP-UE et représentant le côté européen, a fait une présentation sur « Comment intégrer les aspects sociaux aux APE ».
Il a commencé en disant que l’annonce de l’intégration des questions sociales aux APE était une très bonne nouvelle. Pour atteindre un progrès économique efficace, un développement social est une condition préalable. Les APE vont mener à des changements structurels dans les pays ACP, spécialement si aucune mesure de soutien social n’est mise en œuvre. En conséquence, la société civile devrait participer à différents niveaux : de la formulation au suivi et à la mise en œuvre sur le terrain.
Il a ajouté que les négociations sont longues et ennuyeuses. Il est improbable que l’échéance de 2008 soit respectée. En conséquence, il est nécessaire de soigneusement planifier une période de transition au-delà de 2008.
Sur la participation, M. Dantin a relevé que les ANE de la plupart des pays ACP sont soit mal organisés soit pas organisés du tout. Les négociations APE pourraient s’avérer être une opportunité pour ceux-ci s’ils remplissent les critères de développement suivants :
Respect des droits fondamentaux de l’homme
Respect des droits fondamentaux des travailleurs conformément à l’OIT
Eradication de la pauvreté
Conditions de travail (sécurité sociale, parité..)
Une méthodologie efficace de participation visant à coordonner la position de la société civile sur les négociations APE est nécessaire.
Il est nécessaire de créer un espace tel qu’un Comité régional pour le dialogue social où les Acteurs Non Etatiques peuvent se rencontrer pour discuter et débattre de questions importantes telles que l’agriculture, l’environnement et autres questions interdisciplinaires en rapport avec eux. La création d’un Comité de cette nature qui jouerait le rôle d’un groupe de travail a été proposée par le CESE.
Les questions principales posées au cours de la discussion qui s’en est suivie sont les suivantes :
- Les agriculteurs sont préoccupés par l’échéance proche relative à la mise en oeuvre des APE. Les agriculteurs demandent plus de temps et de soutien de la CE pour renforcer leurs capacités et celles de leurs organisations pour être plus compétitifs. Les agriculteurs sont prêts à coopérer mais ont besoin d’un soutien efficace pour être considérés comme des partenaires égaux.
- Les agriculteurs ont fait part de leur inquiétude concernant leur manque de participation au processus de négociations APE, malgré le fait que l’agriculture est le pilier des économies ACP. Même lorsque les agriculteurs sont concernés, ils sont souvent appelés à la dernière minute pour une « prétendue consultation ». .
- Les APE demandent l’ouverture des marchés dans une région où les marchés n’existent pas, ce qui résulte d’une économie faible aux inégalités croissances, au faible pouvoir d’achat etc.
- Il est nécessaire d’intégrer une composante sociale aux APE de manière à gagner la confiance de la population. Cette responsabilité doit être partagée. En conséquence, des objectifs sociaux doivent être fixés. La CE en convient.
- Pour éviter les impacts négatifs des APE sur les populations, il est nécessaire d’inclure des éléments supplémentaires tels que des clauses relatives à la sécurité alimentaire, revoir les mécanismes, dialoguer avec les organisations agricoles.
7- Session informative sur l’accès au financement communautaire
Il y a un évident manque d’informations sur les possibilités de financement de l’UE. Les procédures sont complexes et favorisent les ONG ayant des compétences et une expérience dans l’obtention de ces fonds.
Mme Dellicour, Chef d’unité à Europaid, à la Commission Européenne, a fait une présentation claire sur les différents mécanismes à la disposition des ANE pour accéder au financement. Elle a également donné plusieurs exemples de projets ayant été financés avec succès et concernait des organisations de société civile (voir présentation ci-jointe).
Les principales leçons tirées de ces projets sont les suivantes :
Les processus sont longs. La CE travaille par conséquent sur une nouvelle forme de coopération.
Il y a une augmentation significative du soutien apporté aux ANE dans le cadre de l’Accord Cotonou.
Un programme est en cours de préparation et destiné à établir une structure de dialogue entre les ANE et l’Etat
Des processus de cartographie pour permettre une meilleure compréhension du contexte spécifique des acteurs.
Dans la discussion qui a suivi, les participants ont insisté sur la question de la représentativité des ANE qui devrait être étudiée plus sérieusement. En fait, des critères transparents et fiables devraient être utilisés pour sélectionner les représentants ANE adéquats. Les participants ont également vivement recommandé à la Commission Européenne de veiller à l’existence d’un lien direct entre le discours du Commissaire Mandelson et les projets mis en œuvre par Europaid, veiller à la continuité entre les volontés politiques et la mise en œuvre des projets.
8- Session de clôture
Cette session a été marquée par la participation de M. Michel, Commissaire au Développement, qui a fait un discours sur l’avenir de la politique de développement communautaire.
Il a tout d’abord souligné la position de l’UE en tant que leader mondial du développement et de l’aide (56% de la part mondiale, équivalent à 40 milliards d’euros). Il a alors fait part de sa vision du développement qui devrait être considéré comme une relation de « dépendance réciproque » en opposition à l’aide unilatérale. Il pense que le « modèle de développement européen » devrait servir de modèle d’inspiration pour d’autres pays.
Il a également insisté sur l’importance d’une société civile forte et bien organisée. Il est tout à fait conscient de la divergence entre la réalité sur le terrain et la théorie. C’est pourquoi construire une société civile forte en établissant un mécanisme d’identification des différents types d’acteurs ayant les qualités requises représente l’un des objectifs de sa mission en tant que Commissaire.
L’UE travaille actuellement sur une « Stratégie commune de développement » qui sera bientôt publiée. La Politique Européenne de Voisinage devrait être incluse dans ce document.
Les principaux objectifs de cet exercice comportent : l’harmonisation des règles entre tous les pays, le partage d’une carte de route commune entre les membres de l’UE et l’établissement d’une cohérence entre les différentes actions.
La discussion qui a suivi a eu pour thèmes principaux :
- Traduire les volontés politiques pour établir une véritable politique de consommation sur la répartition des ressources pour le bénéfice des organisations de consommateurs de manière à ce qu’ils soient en mesure de mettre en place des mécanismes de contrôle de la qualité.
- Les ANE sont en faveur d’un type d’aide qui aide les pays à se passer d’aide.
- Les agriculteurs recommandent vivement à la CE de faire pression sur les gouvernements nationaux pour donner la priorité à l’agriculture, celle-ci étant le moteur du développement des économies ACP. L’agriculture manque de matériel et d’une infrastructure adéquate. La CE reconnaît que l’agriculture ne fait pas l’objet de suffisamment de discussions à la Commission. Une attention particulière devrait être donnée aux questions de production et de commercialisation. La décentralisation est l’une des priorités du Commissaire.
Par ailleurs, il est nécessaire que les organisations agricoles soient en mesure d’accéder au financement des projets à petite échelle et des projets d’agriculteur à agriculteur. Les participants proposent que l’UE ouvre une nouvelle ligne budgétaire pour les petits projets.
- Les ANE sont la clef de la reprise économique et pourtant, ils ne sont pas assez associés à l’analyse de l’impact malgré leurs compétences sur le terrain. Il est urgent d’associer les ANE à toutes questions se rapportant aux APE et de les aider à s’organiser au niveau régional. Pour cela, ils nécessitent un renforcement de capacité et de bons programmes de formation. Le Commissaire propose que le modèle européen de cohésion sociale serve de source d’inspiration aux pays ACP et autres. Il a démontré sa volonté d’écouter les ANE dans les APE et d’entamer un dialogue avec eux.
La déclaration finale de cette rencontre a été acceptée à l’unanimité par les participants.
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