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Perspective mondiale |
Survol présenté par David King, secrétaire général |
31e Conférence agricole Amérique du Nord - Europe |
Orlando, États Unis, 21-23 septembre 2005 |
LE MONDE – FORTE CROISSANCE
L’économie mondiale a fait preuve de vigueur en 2004, avec une croissance de 5,1 pour cent qui marque un record depuis 30 ans. La prospérité des consommateurs est synonyme d’une bonne demande pour les produits agricoles.
Toutefois, ces bons résultats de l’économie mondiale ne s’étendent pas à toutes les régions. En fait, ce sont les États-Unis et la Chine qui tiennent le reste du monde à leur remorque. Aux États-Unis, la consommation tient vraiment bon, malgré le gros déficit financier. En Chine, la croissance est particulièrement marquée, car elle engendre une énorme demande sur le marché pour des produits primaires tels que le pétrole, les produits minéraux, les métaux et les produits agricoles. La Chine ne représente que 4 pour cent du PIB mondial, par rapport à 17 pour cent tant pour les États-Unis que pour l’UE, et sa contribution à la croissance économique mondiale est donc impressionnante.
Quelles sont les perspectives pour 2005, et pour l’an prochain?
Le prix du pétrole a augmenté de plus de 50 pour cent cette année, et ce facteur annihilera à lui seul environ un pour cent de la croissance économique mondiale. Ce sont surtout les pays du Moyen‑Orient et de l’Asie centrale qui récoltent les revenus du pétrole, mais leur capacité de le consommer est faible. La croissance économique mondiale est censée ralentir en 2005 et 2006, pour se situer autour de 4,3 pour cent.
ÉTATS-UNIS – L’ÉCONOMIE DEMEURE SATISFAISANTE
La résistance de l’économie américaine, qui poursuit tout simplement sa croissance, est remarquable. La croissance économique est censée atteindre 3,5 pour cent, soit moins que l’an dernier où elle avait atteint 4,4 pour cent, mais toutefois plus que tous les autres pays du G7. Le chômage est faible, soit 5 pour cent de la population, et les dépenses de consommation se maintiennent à un niveau élevé, tandis que les taux d’épargne sont quasi nuls. En conséquence, les États-Unis ont accumulé un énorme déficit de leur balance commerciale avec le reste du monde, ce qui équivaut à plus de 6 pour cent de leur PIB, car leur économie dynamique absorbe les importations et le capital. Ce déficit est financé par les excédents dans d’autres pays, surtout les exportateurs de pétrole comme la Russie et les pays du Moyen‑Orient (30 % du total), le Japon et l’Amérique latine (14 % de plus chacun), la Chine (7 %) et la plupart des autres économies asiatiques émergentes (24 %).
Depuis des années, les observateurs ont averti que ces déséquilibres n’étaient pas viables, et qu’un jour, les investisseurs retireraient peut‑être leurs capitaux des États-Unis, que le dollar s’effondrerait et que l’économie mondiale serait paralysée. Lorsque l’économie américaine va bien, tout le monde y gagne, ce qui incite peu les investisseurs étrangers, d’Asie ou des pays producteurs de pétrole, à précipiter pareille crise ; un « atterrissage en douceur » semble donc plus probable. La réserve fédérale a lentement augmenté ses taux d’intérêt depuis février 2005, pour atteindre 2,5 pour cent (et une autre hausse est attendue cette semaine) pour calmer la demande. Les ventes au détail ont chuté, et les dégâts de l’ouragan Katrina vont freiner encore la croissance. Le dollar américain a baissé d’environ 6 pour cent par rapport à l’an dernier (12 % au cours des trois dernières années) mais se maintient quand même assez bien. L’économie américaine continue de mener l’expansion mondiale, même si moins fortement. Les agriculteurs semblent bénéficier de cette conjoncture, et jouissent d’un cours élevé des viandes et de bons résultats à l’exportation en 2004, et d’un revenu agricole net record de 82 milliards de dollars en 2004.
Mais le bilan sera moins positif cette année. Les dommages de l’ouragan Katrina que subissent les agriculteurs américains sont évalués à deux milliards de dollars. Les frais de transport et d’intrants ont augmenté, tandis que le cours des céréales a baissé. Les pertes causées par les cataclysmes se répercutent sur plus de la moitié des comtés américains, et cette année, le Congrès avait déjà voté une réduction de trois milliards de dollars dans les programmes agricoles.
UE – FAIBLE CROISSANCE ET TAUX DE CHÔMAGE ÉLEVÉ
L’économie de l’UE demeure enlisée dans une situation de croissance lente et de chômage élevé. Dans la zone euro, la croissance économique est censée atteindre environ 1,3 pour cent en 2005, et peut-être 2 pour cent en 2006. Le taux de chômage y atteint presque 9 pour cent (20 millions de personnes). Le mécontentement de la population face à cette piètre situation économique est censé avoir causé le rejet de la Constitution européenne par les électeurs français et néerlandais et la défaite aux élections régionales du chancelier Schröder en Allemagne. En Italie, le ministre des Finances a récemment frappé l’euro de critiques virulentes.
La Banque centrale européenne a maintenu les taux d’intérêt à 2 pour cent pour contenir l’inflation moyenne dans la zone euro en deçà de 2 pour cent, avec succès d’ailleurs. Toutefois, on a reproché à la BCE de ne pas avoir réduit les taux d’intérêt pour stimuler l’économie de l’UE et réduire le chômage, ce qui, en fait, ne relève pas de son mandat très restreint. Toute baisse des taux d’intérêt dans la zone euro semble peu probable en ce moment, compte tenu de l’effet inflationniste de la hausse du prix du pétrole, et de la stagnation de l’euro. En dehors de la zone euro, le Royaume-Uni affiche un taux d’intérêt beaucoup plus élevé, soit 4,75 pour cent. La Banque d’Angleterre subit des pressions pour soutenir la consommation qui chancelle (fragilité des ventes au détail). Toute réduction des taux d’intérêt serait accueillie favorablement par les agriculteurs. Les gouvernements nationaux peuvent recourir à des mesures fiscales pour tenter de stimuler leurs économies respectives, mais la coordination des politiques économiques entre les pays de la zone euro est insuffisante. Bon nombre de ces pays ont déjà accru les dépenses publiques au delà des limites imposées par le Pacte de stabilité et de croissance ; en d’autres termes, ils ont accumulé un déficit budgétaire de plus de 3 pour cent de leur PIB. D’autres économies avancées accusent un déficit plus marqué, tels que le Japon, à raison de 6,9 pour cent de son PIB, et les États-Unis, dont le déficit budgétaire atteint 4,4 pour cent du PIB.
Outre les difficultés économiques qu’entraîne une faible demande intérieure, sur les marchés d’exportation, la plupart des agriculteurs de l’UE ont dû composer avec un euro fort qui, depuis octobre 2000, ne cessait de monter par rapport au dollar jusqu’au début de l’an dernier où il a légèrement baissé. En outre, une autre réforme de la Politique agricole commune de l’UE a entraîné des réductions substantielles des prix agricoles qui n’ont été que partiellement compensés par des paiements directs. La réforme de la PAC comporte entre autres une prise de distance par rapport à l’agriculture intensive et, par ricochet, la production bovine intensive est en régression, ce qui représente, pour les agriculteurs brésiliens, argentins et uruguayens, l’occasion de combler la demande dans les usines de transformation de viande sous‑utilisées en Europe.
JAPON – REPRISE ÉCONOMIQUE
L’économie japonaise a surpris les investisseurs en augmentant son taux annualisé de 3,3 pour cent au cours du deuxième trimestre 2005. Ce taux, qui marque un record depuis 15 ans, est exceptionnellement causé par la croissance de la demande intérieure et non pas par les exportations. Le Japon est aux prises avec la déflation (chute des prix) depuis près de dix ans, car les consommateurs épargnent leur revenu et ne font pas de dépenses engendrant une activité économique intérieure; toutefois, cette situation est en train de changer, et le prêt bancaire a augmenté au Japon cette année pour la première fois depuis sept ans. Les taux d’intérêt sont quasi nuls.
La reprise attendue depuis longtemps de l’économie japonaise a été stimulée par l’élection triomphale du Premier ministre Koizumi au début du mois et par son programme de réforme. Le marché boursier est à son plus haut depuis quatre ans. La croissance économique du Japon est censée atteindre une moyenne d’environ 2 pour cent en 2005.
M. Koizumi a mené sa campagne électorale sur le thème de la privatisation des postes, dont le système d’épargne et d’assurance‑vie en fait la plus grosse institution financière au monde. Le Japon est accablé d’une énorme dette publique, équivalant à 160 pour cent de son PIB, et M. Koizumi tente de faire jouer au secteur privé un rôle plus important dans l’économie japonaise. Avec un gros déficit budgétaire de 6,9 pour cent du PIB, le gouvernement Koizumi tentera peut‑être aussi d’augmenter les impôts tout en veillant à ne pas étouffer la reprise économique.
Le yen est demeuré généralement stable par rapport au dollar américain au cours de l’an dernier, et la compétitivité ne pose pas de problème. Le chômage est au plus bas depuis six ans, à 4,5 pour cent.
CHINE – CROISSANCE SOLIDE MAIS RALENTISSEMENT DES IMPORTATIONS
La Chine, qui poursuit sa croissance de 9 pour cent par an, affiche un excédent des paiements courants de 6 pour cent de son PIB. Ce pays accumule des réserves de 200 milliards de dollars par an, qui atteignent désormais plus de 700 milliards de dollars. L’inflation, de 3 pour cent, est à la baisse. L’abolition des contingents textiles le 1er janvier 2005 a stimulé les exportations chinoises (indiennes et pakistanaises) de vêtements.
Un taux de croissance annuelle de 7 à 9 pour cent permettra à la Chine de créer 15 millions de nouveaux emplois par an.
Le développement économique de la Chine a pour assise l’investissement dans la capacité de transformation à des fins d’exportation. Cet état de choses a causé certains problèmes dans le commerce international, tels que le différend relatif aux importations de textiles cette année. Des contingents ont été imposés à la Chine le 10 juin après seulement six mois de libre accès. C’est ainsi que 77 millions de vêtements ont été confisqués dans l’UE. Le 7 septembre, le conflit fut résolu et les vêtements débloqués, la moitié de l’excédent étant attribué au contingent de l’an prochain et l’autre moitié dégagée.
La croissance stimulée par les investissements à des fins d’exportation a également entraîné une répartition inégale des avantages qu’elle procure. Ce sont surtout les grandes villes côtières et non les régions rurales qui bénéficient le plus de la croissance rapide. La Chine est en train d’investir moins dans les exportations et plus dans les programmes sociaux tels que la santé et l’éducation, et dans le développement de substituts internes aux importations.
En juillet 2005, la Chine a réévalué sa monnaie, le renminbi, de 2,1 pour cent, et a instauré un nouveau flottement ordonné, lié à un panier de devises et non pas exclusivement au dollar américain comme autrefois. Toutefois, le renminbi demeure surévalué d’environ 3 pour cent. La réévaluation a augmenté le coût des exportations de produits chinois, y compris pour les produits agricoles tels que les fruits et légumes, le poisson et les fruits de mer transformés, les viandes préparées, les produits textiles et ligneux. Toutefois, la réévaluation a aidé les exportateurs agricoles à destination de la Chine, tels que les États-Unis, le Brésil, l’Argentine, la Malaisie et l’Australie. La Chine est un grand importateur de produits agricoles tels que le soja (en provenance des États-Unis, de l’Argentine et du Brésil), la laine (la Chine importe la plupart de la laine mérinos de bonne qualité d’Australie), le caoutchouc naturel (de Malaisie ; le prix du caoutchouc naturel est à son plus haut niveau depuis 10 ans), les produits laitiers et l’agneau (d’Australie et de Nouvelle‑Zélande).
Depuis le début de 2005, la Chine a décidé de tenter de ralentir une croissance insoutenable en instaurant une mesure qui, dans la réalité, a restreint les prêts accordés par les trois grandes banques d’État, et qui a du même coup freiné la croissance des importations, portant un dur coup aux exportateurs à destination de la Chine. Depuis que la Chine est entrée à l’OMC, elle a baissé ses tarifs d’importation, qui se situent maintenant en moyenne à 10 pour cent. Les exportations demeurent dynamiques.
Les taux d’intérêt sont de 2,25 pour cent, et certaines pressions s’exercent pour les faire grimper aux fins de résorber le niveau élevé de liquidités qui circulent dans l’économie chinoise.
Il est à noter que la Chine compte 21 pour cent de la population mondiale, mais seulement 10 pour cent des terres arables au monde. En 2004, la Chine était un importateur net de sept milliards de dollars de produits agricoles et alimentaires, surtout de céréales et d’oléagineux). Cette situation préoccupe la Chine qui aimerait continuer d’assurer elle‑même ses besoins en céréales alimentaires de base. Les exploitations agricoles sont petites dans ce pays, de moins d’un hectare en général. Toutefois, l’agriculture emploie 40 pour cent de la population, et il s’agit du secteur le plus pauvre.
INDE – EN PLEIN ESSOR MAIS A BESOIN D’INVESTISSEMENTS DU SECTEUR PRIVÉ
L’économie indienne connaît une croissance de 6,7 pour cent ; le marché boursier de Mumbai a monté de 80 pour cent depuis mai 2004. Malgré la tragédie du tsunami en décembre 2004, les perspectives de croissance pour l’Inde demeurent à peu près aussi bonnes.
Après la Chine, l’Inde est en train de devenir un joueur de premier plan dans l’économie mondiale. Comme dans les autres pays asiatiques, l’économie indienne demeure essentiellement menée par l’État. Le gouvernement indien profite de recettes accrues pour développer une infrastructure économique de base et les services sociaux. Toutefois, l’Inde accuse déjà un très lourd déficit fiscal de 10 pour cent de son PIB et, comme le Japon, doit encourager davantage la privatisation de son économie. Les contraintes imposées aux investissements étrangers persistent dans ce pays, qui tente d’encourager le développement du secteur privé.
L’Inde, qui a un vaste marché intérieur (population d’un milliard d’habitants) et de bonnes ressources productives, ne représente pas une part importante du commerce agricole mondial. Néanmoins, l’Inde affiche une balance positive de son commerce agricole, surtout grâce aux exportations de thé, de riz, de blé, de sucre et d’épices. Les principaux marchés d’exportation sont les États-Unis, le Bangladesh et le Japon. L’Inde importe les huiles végétales, les fruits et les légumes.
AMÉRIQUES – FORT POTENTIEL
L’Amérique latine connaît une croissance de 4,1 pour cent, ce qui a agréablement surpris la plupart des observateurs, et la forte inflation des années 1980 semble avoir été jugulée pour de bon, autour de 6 pour cent.
Un excédent fiscal important au Brésil (4,6 pour cent du PIB) et en Argentine (5,1 pour cent du PIB) ont permis à ces pays de rembourser une partie de leur dette et d’atténuer ainsi leur vulnérabilité au retrait de capitaux étrangers lors des périodes difficiles. On s’attend même à ce que le Brésil procède à sa première émission d’obligations mondiales cette semaine en monnaie locale (le réal), ce qui indique une reprise de confiance.
Bon nombre de pays d’Amérique latine souffrent non seulement de la vulnérabilité de leur système financier, mais aussi de la lourdeur de leur structure administrative et de la faiblesse de leur réglementation. Les investissements étrangers directs en Amérique latine ont chuté abruptement après la cessation de paiement par l’Argentine à la fin de 2001, et n’ont pas encore repris en raison de la faiblesse du milieu des affaires, par exemple pour l’exécution des contrats. En outre, la région n’est pas aussi ouverte au commerce étranger que d’autres régions du monde, sauf le Chili dont les tarifs moyens se situent autour de 2,5 pour cent. Le commerce extérieur constitue moins d’un quart du PIB de l’Amérique latine, par rapport à plus d’un tiers en Asie et 60 pour cent dans l’UE.
Le Brésil compte sur l’agriculture pour 40 pour cent de ses revenus d’exportation. Traditionnellement, les exportations agricoles de ce pays consistaient surtout dans le café et le jus d’orange. Aujourd’hui, ce sont le soja, le sucre, la viande de porc et de volaille qui suscitent l’essor des exportations. Le marché principal de ces exportations est l’UE, à raison de 40 pour cent du total. Toutefois, les marchés qui connaissent la croissance la plus rapide pour les exportations agricoles brésiliennes sont la Chine et la Russie.
En Amérique centrale, l’ouverture des marchés textiles américains à la Chine et à l’Inde a entraîné des pertes pour leurs industries textiles. Ces pays espèrent récupérer une partie de leurs pertes sur les marchés aux États-Unis grâce à l’élimination des contingents textiles que permet un accès élargi aux marchés en vertu de l’accord de libre‑échange récemment conclu entre les Etats-Unis, l’Amérique centrale et la République dominicaine (USA-CAFTA-DR).
L’économie canadienne jouit de la croissance la plus rapide et de la position budgétaire la plus solide parmi les pays du G7. Sept budgets excédentaires consécutifs ont permis de réduire sensiblement la dette publique et les impôts. Le taux d’intérêt est bas (2,5 %, comme aux États-Unis), et l’inflation est inférieure à 2 pour cent.
De bons résultats nets à l’exportation ont fait grimper le dollar canadien de 13 pour cent en 2004. Ce phénomène ralentira les dépenses de consommation et les résultats à l’exportation en 2005. La croissance du PIB est censée atteindre 2,8 pour cent.
Au Mexique, un tiers des revenus proviennent des exportations de pétrole. Face à la hausse du prix du pétrole, le gouvernement a proposé un budget excédentaire pour la première fois depuis dix ans. Ceci a suscité au Congrès un affrontement avec les législateurs qui veulent qu’une part plus importante des recettes publiques soit affectées à l’éducation, à la santé et à l’infrastructure générale.
Pour 2005, la croissance économique est censée atteindre 3,7 pour cent, comme au Brésil, après une croissance de 4,4 pour cent en 2004. Ce sont là de bons résultats après la période médiocre de 2001‑2003. L’inflation est jugulée à 4,6 pour cent.
RUSSIE – BEAUCOUP D’ARGENT MAIS PEU D’INVESTISSEMENTS
Pour 2005, la croissance économique de la Russie est prévue à 5,8 pour cent (baisse par rapport à 7,1 % en 2004), stimulée par la hausse des revenus du pétrole. Les capitaux pétroliers ont permis à la Russie de réduire sa dette de 15 milliards de dollars et de constituer un Fonds de stabilisation (alimenté par une taxe sur tout prix du pétrole supérieur à 20 dollars le baril) ; ce pays possède également d’importantes réserves de devises étrangères, et il affiche un excédent budgétaire. Toutefois, la dissolution de la société pétrolière Yukos, pour des motifs essentiellement politiques, a terni le climat de l’investissement en Russie. L’investissement direct étranger est négligeable, et l’investissement intérieur est de 10 pour cent inférieur à celui de l’an dernier. Les impôts et les tarifs de transport sont élevés, ce qui a également un effet dissuasif sur les investisseurs.
Le président Poutine consacre une bonne partie de la richesse pétrolière du pays à la hausse des salaires et retraites du secteur public. Le pays consomme donc sa richesse pétrolière plutôt que de l’affecter à des investissements du secteur public dans l’économie. La forte croissance de la consommation est quasi égalée par la hausse des importations et par des pressions inflationnistes. L’inflation est supérieure à 10 pour cent. La croissance des revenus pétroliers et des salaires réels devrait également faire progresser les importations en 2005.
AFRIQUE
En Afrique, la croissance est de 5 pour cent, ce qui marque un record depuis huit ans. L’inflation a baissé à 9 pour cent, niveau le plus bas depuis plus de 25 ans. Ce sont de bonnes nouvelles pour l’Afrique. Le FMI affirme que c’est là le résultat de réformes : plus grande stabilité macroéconomique (contrôle des dépenses de l’État et croissance des réserves monétaires), suivie de réformes économiques intérieures (politiques favorables aux marchés). La reprise de l’agriculture en Éthiopie et en Gambie après la sécheresse constitue un autre facteur important, tout comme la hausse du prix du pétrole pour les producteurs pétroliers africains.
Une conjoncture économique mondiale favorable et l’allégement de la dette pour les pays pauvres très endettés (PPTE), décidé par le G8 constituent certes des facteurs positifs pour l’Afrique. Toutefois, de l’autre côté de l’équation, il ne faut pas oublier que les pays ACP d’Afrique seront frappés par la libéralisation des échanges commerciaux de l’OMC. Les cours du coton sont très faibles, ce qui porte un dur coup aux agriculteurs d’Afrique de l’Ouest. Les producteurs textiles d’Afrique du Nord et d’Afrique australe ont également été frappés par l’ouverture des contingents textiles de l’UE à la Chine.
Le problème majeur de l’Afrique demeure son instabilité politique qui a un effet dissuasif sur les investissements qui s’imposent pour mettre l’Afrique sur une voie durable de croissance forte, comme celle des économies asiatiques.
AUSTRALIE ET NOUVELLE‑ZÉLANDE – PROFITENT DES EXPORTATIONS VERS LA CHINE
L’essor marqué de la demande chinoise en matières premières, y compris les produits agricoles, stimule fortement l’économie australienne et néo‑zélandaise, tandis que les sociétés affichent des profits élevés. En Australie, les investissements dans le secteur minier que suscite la demande de la Chine sont énormes. La croissance économique se situera autour de 2,7 pour cent en 2005 dans les deux pays.
Ces deux pays ont un excédent budgétaire supérieur à 1 pour cent de leur PIB, et un faible taux de chômage (5 % en Australie et 3,8 % en Nouvelle‑Zélande). Le dollar australien et le dollar néo‑zélandais sont forts par rapport au dollar américain. Le dollar australien a monté de 16 pour cent par rapport à 1990, tandis que le dollar néo‑zélandais a grimpé de 29 pour cent au cours de la même période. Les ventes au détail continuent de progresser et, en mars 2005, les taux d’intérêt ont été rehaussés pour ralentir l’économie. À 6,75 pour cent, les taux d’intérêt en Nouvelle‑Zélande se classent déjà au plus haut niveau de tous les pays industrialisés avancés, et l’on n’entrevoit aucune baisse. En Australie, le taux d’intérêt est de 5,5 pour cent. La tendance de l’inflation est de 3 pour cent en Australie pour 2005, mais est censée baisser à 2 pour cent en 2006, et demeurer à 2 pour cent en Nouvelle‑Zélande.
Pourtant, tout ne va pas pour le mieux dans le secteur agricole, l’Australie ayant été frappée de sécheresse, ce qui a causé une pénurie des récoltes et de l’alimentation du bétail, et un abattage d’urgence des animaux. En Australie, la valeur nette de la production agricole a chuté de 10,6 pour cent en 2004‑2005, et elle est censée régresser en core de 23,1 pour cent en 2005‑2006.
PRIX DES PRODUITS DE BASE
La forte demande aux États-Unis et en Chine a également provoqué une forte poussée du prix des produits de base dès le milieu de 2002, surtout stimulée par la hausse du prix du pétrole. La demande provenant de la Chine a fait grimper le prix des métaux et des produits minéraux. Quant à la demande en Inde de bijoux en or, elle a provoqué un record du prix de l’or jamais atteint depuis 17 ans (auquel certains gouvernements ont contribué en augmentant aussi leurs réserves en or). Le prix des aliments et des matières premières agricoles a également grimpé en flèche (de plus de 30 %), surtout pour le café, le sucre, le riz, la viande et le bois.
La hausse du prix du pétrole a été soutenue, passant d’environ 20 $ le baril en 2002 à 40 $ le baril en 2004, et à 65 $ le baril actuellement en 2005. La capacité de production pétrolière atteignant sa limite et la Chine ayant augmenté sa consommation de pétrole de 15,6 pour cent en 2004 (1), on n’entrevoit pas de chute marquée du prix du pétrole. À court terme, cette perspective est peu encourageante pour les agriculteurs, qui sont soumis à l’inflation des coûts pour le carburant, les engrais et les autres intrants à base de pétrole. En même temps, des récoltes abondantes ont fait chuter les prix de nombreux produits agricoles, surtout pour le coton (- 34 % depuis 2003) et le soja (- 21 % depuis 2003). Quant au cours des céréales, il est bien inférieur à celui des dernières années. Ainsi, même si l’économie mondiale demeure solide, les agriculteurs ne s’en tirent pas très bien cette année en général.
(1) La Chine souffre d’une pénurie d’électricité, tandis que son essor économique atteint certaines limites de capacité. On recourt de plus en plus à des génératrices à moteur diesel, ce qui augmente la demande en pétrole.
Biocarburants
À plus long terme, la hausse soutenue du prix du pétrole offrira aux agriculteurs des occasions de créer des programmes d’énergie renouvelable. Par exemple, le Brésil est en train d’imprimer un fort élan à son programme de bioéthanol à base de canne à sucre. La vente de véhicules à carburant alternatif, qui peuvent rouler à l’essence ou à l’alcool dans n’importe quelle proportion, représente 50 pour cent de l’ensemble des ventes de véhicules en 2005, chiffre qui est censé atteindre 75 pour cent en 2006. La demande en bioéthanol au Brésil a fait doubler le prix du sucre depuis deux ans.
Aux États‑Unis, la consommation obligatoire de biocarburants pour des raisons environnementales va faire croître la demande de blé pour l’éthanol de 5 pour cent au cours des huit prochaines années. Dans l’UE, les biocarburants s’avéreront un élément de solution pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 8 pour cent d’ici à 2012.
Grippe aviaire
Les épidémies de grippe aviaire (souche H5N1) qui ont frappé l’Indonésie, le Vietnam, la Thaïlande, le Laos, le Cambodge et la Chine sont en train de devenir un problème mondial. Soixante personnes déjà sont mortes de cette maladie, et 140 millions d’oiseaux sont morts ou ont été abattus pour contenir les épidémies en Asie du Sud‑Est. À l’issue des épidémies de grippe aviaire, le Brésil a réussi à accroître ses exportations de viande de volaille pour alimenter des marchés qui étaient auparavant approvisionnés par les producteurs thaïlandais et chinois.
En juin et juillet 2005, les oiseaux aquatiques migrateurs ont amené la grippe aviaire depuis l’Asie du Sud‑Est jusqu’en Mongolie, en Russie et au Kazakhstan. Cette migration a inquiété l’Europe où, par exemple, les Pays‑Bas ont exigé que toute volaille d’élevage domestique soit gardée à l’intérieur. De l’autre côté de l’Atlantique, le président Bush a annoncé la semaine dernière la création d’un partenariat international visant à échanger de l’information sur la grippe aviaire et pandémique qui rassemblera le Canada, le Cambodge, le Japon, le Nigeria, la Thaïlande et le Vietnam.
CONCLUSION
Dans l’ensemble, l’économie mondiale se porte bien, mais ceci ne veut pas dire qu’il en va de même pour les agriculteurs. Pour la plupart des agriculteurs du monde, les revenus sont grugés par la hausse du coût des intrants qu’entraîne l’augmentation du prix du pétrole, et par le retrait du soutien de l’État à l’agriculture ainsi que par la chute des prix des produits agricoles. Dans l’avenir, il faudra que l’agriculture parvienne à exploiter de nouveaux débouchés de marché pour accroître la valeur ajoutée – pour les biocarburants, par exemple –, et qu’elle devienne une plus grande priorité pour les gouvernements, si l’on veut qu’elle reçoive sa juste part de la richesse grandissante que produit l’économie mondiale.




