Pour une politique agricole méditerranéenne durable

Mise en valeur des complémentarités, pour le développement global du bassin
Article du Comité Méditerranéen de la FIPA
Elaboré par Nora Ourabah, Responsable du Comité Méditerranéen de la FIPA



Les agricultures méditerranéennes, aussi diverses soient elles, se caractérisent a priori par de fortes similitudes géographiques et climatiques mais aussi et surtout par un patrimoine historique et culturel commun. Tous ces points communs ont donné lieu au renforcement d’une identité méditerranéenne. Aussi, l’émergence d’un sentiment d’appartenance à un même ensemble régional transcende les quelques différences qui font la spécificité et la richesse de chacune des nations composant cet ensemble.

Les produits alimentaires dits méditerranéens sont de plus en plus reconnus comme étant bénéfiques pour la santé. Pour cela, agriculteurs du nord comme du sud du bassin la Méditerranée ont décidé de se regrouper au sein de la FIPA pour valoriser les bienfaits de leurs productions. Partant du constat du manque de considération des politiques de développement internationales au regard des besoins de la région méditerranéenne, la CIA , ainsi que d’autres organisations membres des deux rives du bassin, ont plaidé l’urgence de créer une structure méditerranéenne interne à la FIPA. Il est intéressant de noter que la FIPA a été précurseur dans sa décision de créer une telle structure. En effet, celle-ci est intervenue en 1990 , avant même la signature par les ministres de l’Union européenne et les pays tiers partenaires du sud du bassin, de l’Accord de Barcelone qui a abouti au fameux partenariat Euro-méditerranéen.

La mission principale du Comité Méditerranéen de la FIPA est de sortir de cette situation de concurrence, à laquelle sont confrontés les agriculteurs de part et d’autre de la Méditerranée. La résolution de cette question de concurrence, source principale de préoccupation des producteurs, puise toute son importance à la veille de la création d’une zone de libre échange à l’horizon 2010. Comment se traduit-elle et à quoi est-elle due ?

Ces tensions entre les deux rives de la Méditerranée se traduisent par des produits similaires (légumes, fruits, huile, vin), arrivant à maturité en même temps et commercialisés aux mêmes périodes sur les mêmes marchés. Cette situation de conflit est principalement liée à des disparités de niveaux de développement entre le Nord et le Sud du bassin (les 5 pays de l’Europe du Sud méditerranéenne bénéficient d’un meilleur savoir faire technique et dégagent à eux seul 80% du PIB de l’ensemble des pays méditerranéens), à divers facteurs environnementaux et à des demandes en eau conflictuelles. De ce fait, les pays du sud du bassin sont souvent accusés d’inonder les marchés d’Europe du sud avec des produits similaires à bas prix, ce qui porte préjudice aux produits locaux et aux revenus des producteurs locaux européens.

Toutes ces disparités sont exacerbées par le fait qu’en dépit des accords d’association signés entre la plupart des pays tiers méditerranéens et l’Union européenne, les échanges restent soumis à des concessions tarifaires et à des contingentements. Ceux-ci ne prennent pas ou prou compte du rôle de l’agriculture dans la région méditerranéenne ni de l’importance de la mise en place d’une politique de développement agricole et rural global. Or ce manque de considération du volet agricole dans le partenariat euro-méditerranéen, risquerait de porter atteinte à la mise en place de la future plus grande zone de libre-échange au monde.

Devant cette situation alarmante, le Comité Méditerranéen de la FIPA a la ferme conviction qu’au delà de ces différends qui entravent les échanges agricoles méditerranéens nord-sud, il y a lieu de définir les éléments qui valorisent les complémentarités de ces agricultures. Ce n’est qu’à cette condition que le partenariat euro-méditerranéen sera profitable aux deux rives et qu’un développement durable de l’agriculture en Méditerranée verra le jour.

Afin de valoriser les atouts de la région, le Comité a jugé urgent de résoudre trois éléments prioritaires, étroitement liés les uns les autres. Il s’agit essentiellement de:
- chercher des formes de diversification des cultures méditerranéennes
- d’améliorer la qualité et la typicité des produits du terroir
- et enfin, d’œuvrer pour rendre l’eau disponible.

L’idée de valorisation des complémentarités de productions entre les deux rives du bassin nécessite dans un premier temps l’état des lieux de ces complémentarités en se basant sur l’étude de données fiables et actualisées. L’objectif de ce travail d’analyse étant de trouver les voies de complémentarités en matière d’échanges agricoles de part et d’autre du bassin. Pour ce faire, il est essentiel de cerner avec précision la situation des agricultures en fournissant des données concernant les types de produits importés et exportés, le calendrier des semis ainsi que les périodes d’exportation européenne. Il est également important d’identifier les facteurs sources de concurrence telles que : les prix, coûts de production, qualité et typicité territoriale, subventions, conservation, transports, adaptation de la production en fonction de la demande, la recherche de créneaux spécifiques en fonction de la demande, d’orientation vers des marchés appropriés, notamment dans le contexte de l’élargissement de l’Union européenne.

Cette nouvelle approche pour un développement durable équilibré des deux rives de la Méditerranée ne peut se concevoir sans le concours d’organismes partenaires européens, d’organismes de recherche, aux côtés des organisations agricoles méditerranéennes. C’est ainsi que, pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, agriculteurs et parlementaires se sont retrouvés réunis, au sein même du Parlement européen pour discuter des enjeux de l’agriculture en Méditerranée. La première conférence Euro-méditerranéenne sur l’agriculture a révolutionné les coutumes des instances européennes puisqu’elle a réuni, dans la même salle, parlementaires et agriculteurs. Aussi, l’objectif principal de cette activité, était de reconnaître la spécificité de l’agriculture méditerranéenne, en l’élevant au rang des secteurs prioritaires dans la politique européenne. Qui d’autres que les agriculteurs eux-mêmes sont le mieux placés pour exposer et analyser les problèmes de l’agriculture méditerranéenne qu’ils vivent au quotidien? Ce genre de dialogue entre les agriculteurs de la FIPA et les instances européennes semble se consolider.

Ce travail de sensibilisation ou de « marketing de la profession » auprès des instances européennes pour la promotion de l’agriculture méditerranéenne, doit impérativement se concrétiser par le développement de projets concrets, dans le cadre notamment du programme MEDA. Or celui-ci laisse peu de place au volet agricole. La situation doit changer.

L’ensemble des propositions suggérées par ce Comité à savoir la réduction des disparités économiques, la résolution des problèmes hydriques, la diversification des productions pour le développement agricole de la région ne peuvent voir le jour sans le maintien de conditions de paix et de stabilité régionales et inter-régionales.

Or le Comité méditerranéen de la FIPA a toujours plaidé pour la paix et la stabilité dans la région méditerranéenne ainsi que pour le renforcement de l'intégration régionale entre les pays de l'Europe du sud, de l'Afrique du Nord et du Moyen Orient.

D’ailleurs, le Comité n’a jamais hésité à se réunir dans des zones conflictuelles. C’est ainsi que quelques rencontres historiques ont marqué la tentative de bâtir la paix et de développer le dialogue entre agriculteurs de la région.

Une réunion très symbolique regroupant palestiniens et israéliens a eu lieu au sein même du parlement israélien (CNESSET) à Jérusalem (1994), réunissant ainsi agriculteurs israéliens et palestiniens ainsi que d’autres représentants agricoles de pays arabes, autour de la même table.

Une autre rencontre à Nicosie, Chypre (1998), a été d’une importance capitale pour le maintien de la paix et la reprise du dialogue entre les organisations agricoles chypriote turque et chypriote grecque.


Concertations entre agriculteurs de part et d’autre de la Méditerranée, politique participative, sensibilisation des instances européennes et internationales aux enjeux de l’agriculture méditerranéenne, collaboration entre agriculteurs et chercheurs, telles sont les voies à poursuivre pour que les agriculteurs méditerranéens puissent vivre dignement de leurs productions dans le futur plus grand espace régional.