
Congrès Mondial des Jeunes Agriculteurs
Allocution du Président de la FIPAParis, 11-15 juin 2003
par M. Jack Wilkinson, Président de la FIPA
Cher Monsieur le Premier Ministre,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,
C'est pour moi un immense plaisir de me trouver ici parmi vous et de vous exprimer mon soutien à ce premier rassemblement de jeunes agriculteurs, sous l'égide de la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles dont je suis le Président.
Il s'agit là d'un signe évident de la conscience et de l'intérêt qui habitent la nouvelle génération pour les défis posés par la mondialisation et par les événements internationaux.
C'est également le signe manifeste, pour nos organisations d'agriculteurs, que nous ouvrons les portes aux jeunes leaders agricoles pour qu'ils apportent leurs idées dans les discussions sur les futures politiques agricoles.
Cette manifestation, qui se tient ici à Paris, est la première conférence mondiale organisée par le Comité des Jeunes Agriculteurs de la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles. Les Jeunes Agriculteurs de France qui nous accueillent ont fait un excellent travail pour nous recevoir au Louvre Palace et obtenir un soutien à cette conférence au plus haut niveau de leur pays. Ils ont également obtenu des parrainages pour permettre la participation de nombreux jeunes leaders agricoles de pays en développement. Votre organisation, bien connue pour son indépendance, est sans conteste parfaitement structurée. Elle constitue un bon exemple de la capacité que de jeunes agriculteurs ont, en s'organisant, d'exprimer et de plaider en faveur de leurs propres visions de leur activité agricole.
J'aimerais également rendre hommage au Premier Ministre, Monsieur Raffarin, et à son gouvernement, pour leur soutien à l'agriculture et aux agriculteurs de France. La France est à la fois l'un des plus grands pays agricoles du monde et un acteur clé au sein de l'Union européenne. Les orientations de ses politiques agricoles ont un impact important au niveau européen et, partant, au niveau mondial. Quand j'ai assisté en septembre dernier au Sommet Mondial sur le Développement durable à Johannesburg, j'ai été heureux d'entendre le Président Chirac déclarer qu'il n'est pas possible d'obtenir un développement durable sans mettre en place un secteur agricole durable et sans tenir compte de la situation tout à fait particulière des agriculteurs.
Permettez-moi de revenir quelques années en arrière pour vous expliquer comment nous avons mis en place une plateforme de rencontre des jeunes agriculteurs au sein de notre Fédération.
Lors du dernier Congrès Mondial des Jeunes Agriculteurs organisé en 2000 à Orlando, Etats-Unis, plusieurs groupes de jeunes agriculteurs se sont réunis de manière informelle sous les auspices de l'American Farm Bureau. À l'issue de cette conférence, il fut décidé d'envisager sérieusement la création d'une structure permanente grâce à laquelle de jeunes agriculteurs du monde entier pourraient se rencontrer régulièrement afin d'assurer le suivi du débat et des discussions au niveau international.
Après consultations, des leaders des Jeunes Agriculteurs firent appel à la FIPA pour constituer un Comité des Jeunes Agriculteurs. Étant donné son expérience dans le domaine de la politique agricole internationale en sa qualité de forum international reconnu, la FIPA fut considérée comme le bon endroit et l'organisation la mieux adaptée pour offrir une telle structure. Le 34e Congrès Mondial de la FIPA organisé à Hanovre en 2000 appuya la proposition soumise par l'organisation des Jeunes Agriculteurs français de mettre en place un organe permanent au sein de la FIPA. Le Comité des Jeunes Agriculteurs de la FIPA se réunit officiellement pour la première fois au cours du 35e Congrès des Jeunes Agriculteurs, organisé au Caire en 2002. M. Bernard Layre, membre des Jeunes Agriculteurs français, fut élu à la Présidence de ce Comité Permanent de la FIPA et devint membre de mon Comité de Direction. Les Jeunes Agriculteurs français proposèrent alors que le Premier Congrès Mondial de la FIPA pour les Jeunes Agriculteurs se tienne à Paris, et Bernard accepta la tâche ardue mais passionnante de présider le Comité Organisateur de cette manifestation.
Depuis lors, la FIPA mobilise des organisations de Jeunes Agriculteurs sur toute la planète, et elle les aide à approfondir leur conscience des questions internationales. Le feed-back reçu jusqu'ici est très encourageant. Il suffit pour s'en convaincre de regarder le nombre important de délégations internationales qui ont accepté de prendre part à cet événement. J'espère aussi que le travail de suivi qui devra être mis en œuvre selon l'ordre-du-jour de ce nouveau Comité confirmera cet enthousiasme et apportera des résultats positifs. Vous êtes l'avenir. En tant que leaders des Jeunes Agriculteurs, vous devez être bien préparés aux questions internationales si vous voulez garantir des perspectives d'avenir encourageantes aux millions de familles agricoles que vous représentez.
Le Comité des Jeunes Agriculteurs de la FIPA offre un Canal permettant de faire circuler, par l'intermédiaire de la FIPA, les informations et les idées des Organisations de Jeunes Agriculteurs de base aux institutions internationales. Il supervise également les actions entreprises au niveau international qui affectent la vie des Jeunes Agriculteurs, et transmet ensuite les informations aux organisations membres nationales, en les invitant à réagir.
L'ordre-du-jour de cette manifestation porte sur un certain nombre de thèmes précis, qui vont de l'examen des différents secteurs de production agricole primaires aux questions régionales, en passant par les défis posés par les objectifs à atteindre de la sécurité alimentaire et de la responsabilité environnementale, sans oublier les questions inhérentes aux conditions spécifiques des Jeunes Agriculteurs. Mais, bien entendu, la principale question est "quelles politiques pour quel type d'agriculture ?".
Je serai donc ravi d'entendre ici vos points de vue. Comme vous le savez, cette question est au cœur des discussions qui se tiennent dans le cadre de l'Organisation Mondiale du Commerce, et la FIPA est très impliquée.
Il est important que nous, leaders agricoles des générations précédentes, ayons conscience de ce que sont vos propres expériences, préoccupations et attentes. Il va de soi que nous pouvons tirer parti de votre dynamisme et de votre créativité pour donner un nouveau souffle à notre secteur et étayer l'avenir menacé de notre activité. Nous reconnaissons qu'il vous faut prendre en mains votre propre développement car, demain, c'est vous qui reprendrez le leadership et prendrez des décisions cruciales, que ce soit au niveau local, national, régional ou international. En bref, vous faites partie des acteurs majeurs de la conception des futures politiques agricoles. En fait, le caractère durable de notre activité dépendra de vous. Le lien entre l'ancienne et la jeune génération sera encore plus solide si vous êtes bien préparés à faire face à la réalité des marchés internationaux.
Il nous faut donc œuvrer de concert à trouver en commun des solutions, afin d'attirer des jeunes vers l'agriculture. En d'autres termes, vous devrez trouver les moyens de rehausser et de promouvoir l'image de notre activité en en faisant ressortir la noblesse, puisque l'agriculture est essentielle à ceux qui vivent de et grâce à la terre.
Pour toutes ces raisons, il est primordial que la FIPA vous accueille, vous les Jeunes Agriculteurs, dans notre Fédération. Votre contribution au travail de cette dernière ne pourra qu'ajouter de la valeur à nos activités de lobbying permanentes en vue du bien-être des Agriculteurs et de l'agriculture. Les défis sont considérables étant donné la situation mondiale alarmante.
Le programme du comité des Jeunes Agriculteurs de la FIPA entre dans les priorités de la FIPA.
Votre ordre-du-jour viendra compléter d'autres comités et initiatives de la FIPA en mettant en avant la spécificité de votre point de vue. Les questions qui seront examinées ne seront pas seulement spécifiques à votre situation mais elles traduiront également des préoccupations horizontales à la lumière du contexte international.
Quels défis nous attendent, nous les Agriculteurs, jeunes et moins jeunes, hommes et femmes ? Le tableau que nous présente la planète est plutôt sinistre. Nous pourrions débattre des inconvénients de la mondialisation, qui varient d'un pays à l'autre. Mais il ne fait aucun doute que la mondialisation ne profite ni aux agriculteurs ni aux communautés les plus pauvres, notamment celles des pays en développement. Les faits parlent d'eux-mêmes.
Au niveau international, l'Agriculture est de plus en plus marginalisée dans les priorités de développement. Au niveau national, un grand nombre de gouvernements ne prête pas suffisamment attention à l'importance du développement agricole et rural, dans la mesure où il constitue le pilier de l'économie de bon nombre de pays en développement.
Et pourtant, la pauvreté ne cesse d'augmenter et le fossé entre pays développés et pays en développement se creuse. En d'autres termes, la faim et la malnutrition sont beaucoup trop omniprésentes dans un monde d'opulence.
Ces problèmes ne pourront être résolus que si les institutions internationales et les gouvernements nationaux intègrent les agriculteurs et leurs organisations dans les processus de décision, ce qui implique de les considérer comme des acteurs réels et non comme de simples groupes consultatifs.
La FIPA, grâce à la qualité de son travail et au nombre croissant de ses organisations membres, gagne chaque jour en crédibilité dans l'arène internationale. Nos divers partenaires des organisations internationales concernées écoutent de plus en plus la voix de nos agriculteurs. Il reste toutefois beaucoup à faire. Il faut que les agriculteurs s'organisent et que des organisations solides se fassent les portes-parole de leurs préoccupations. C'est ce à quoi la FIPA veut contribuer avec la création du Comité de Coopération du Développement.
J'espère sincèrement que les discussions qui auront lieu tout au long des trois jours de ce Congrès aboutiront à des décisions concrètes résultant d'une compréhension et d'un accord communs. J'espère que les jeunes agriculteurs trouveront les moyens de rapprocher leurs divergences de vue apparentes, en gardant à l'esprit que nous sommes avant tout des agriculteurs et qu'il vous faut donc vous unir et vous organiser en vue du maintien de notre noble activité et pour en être à l'avenir de bons ambassadeurs.
Je vous remercie de votre attention.







