Intégration Régionale et Développement Durable : Point de vue méditerranéen
Bruxelles, 22 octobre 2003
Présenté par Nora Ourabah, FIPA
Mesdames, Messieurs les membres du CES européen,
Chers collègues,
Monsieur le Président,
C’est avec grand plaisir que la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles (FIPA) que je représente aujourd’hui, a accepté votre invitation afin de vous apporter notre point de vue sur un sujet aussi important et d’actualité que « l’intégration régionale et le développement durable en Méditerranée ».
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais rappeler que la FIPA est, pour ce qui ne la connaissent pas, la fédération mondiale des agriculteurs, qui regroupe une centaine d’Organisations Agricoles Nationales dans 71 pays, dont plus de la moitié sont des pays en développement.
Le rapport de M. Dimitriadis est très complet et comporte plusieurs pistes de réflexion qui méritent d’être approfondies. En effet, en tant qu’organisation qui défend les intérêts des agriculteurs, je souhaiterais insister sur le volet agricole et l’importance de la prise en compte de ce secteur et des agriculteurs sans quoi, une véritable prospérité économique dans la future zone de libre échange euro-méditerranéenne, ne sera pas effective.
Le rapport présenté, clarifie à juste titre, le lien entre intégration régionale et développement durable. « le développement durable constitue une dimension qui englobe l’intégration régionale, plutôt qu’en être le complément, et il importe de le considérer comme tel ».
« l’intégration régionale constitue l’un des moyens de mise en œuvre du développement durable ».
Aussi, ce même rapport distingue le développement économique, le respect de l’environnement et la justice sociale comme étant les trois composantes pour parvenir au développement durable. Or, ces composantes correspondent pour la plupart, à la façon dont est défini le partenariat euro-méditerranéen avec ses piliers politique, sociale économique et financier .
De la nécessité de bâtir des ensemble régionaux pour le développement durable à travers une agriculture durable
Afin d’arriver à un équilibre ente la mondialisation qui est une réalité et l’équilibre économique de chaque pays, l’organisation en grands ensembles régionaux constitue une solution qui s’est vérifiée viable jusqu’à aujourd’hui. L’exemple de la constitution de l’UE est parlant à cet égard.
Comment appliquer cela au contexte et réalités de la méditerranée ?
On ne peut parler d’intégration régionale qu’à la seule condition que la zone euro-med ne soit pas réduite à une zone de transaction de biens des pays du nord au détriment du bassin sud. Le partenariat doit déboucher sur une zone de prospérité avec une atténuation des déséquilibres économiques entre les rives nord et sud du bassin.
En effet, la libéralisation du secteur agricole n’est pas une fin en soi. Elle doit servir la croissance économique de façon générale tout en préservant les revenus des agriculteurs notamment dans les pays du sud du bassin où la population agricole représente souvent près du tiers de la population totale.
Comment peut-on parvenir à un développement durable en région méditerranéenne ? Comment donner ce visage humain à l’intégration régionale en Méditerranée ?
L’agriculture nécessaire à l’établissement d’une aire de prospérité euro-méditerranéenne
Le rapport rappelle bien « pour qu’une intégration régionale aille dans le sens du développement durable…..les politiques sectorielles jouent un rôle déterminant »
L’agriculture doit faire partie des priorités des gouvernements de l’UE pour plusieurs raisons :
Tout d’abord, étant donné que l’agriculture est un secteur essentiel à la vie humaine, elle doit non seulement avoir une place de choix mais elle doit aussi être traitée de manière spécifique dans la mise en place d’espaces régionaux homogènes et en l’occurrence dans le cadre du partenariat euro-méditerranéen.
Inutile de rappeler les rôles vitaux que joue l’agriculture et les agriculteurs que ce soit en matière de sécurité alimentaire, de source de revenu et d’amélioration des conditions de vie en milieu rural, de maintien des ressources naturelles et des écosystèmes.
Le développement agricole, élément décisif pour un développement durable
Comme on peut le constater quotidiennement, le développement agricole implique toute une série de problèmes interdépendants, à savoir son impact sur le développement régional, l’emploi, l’environnement, et la santé publique. Il va sans dire que la prise en compte du secteur agricole est une question complexe mais incontournable.
Le développement d’un secteur agricole durable qui permette aux agriculteurs de vivre dignement de leur métier représente le point d’impulsion pour un changement de la réalité actuelle, caractérisée d’un exode important des pays du sud du bassin vers ceux du nord, souvent dicté par le désespoir, qui pose problème dans ces mêmes pays. Or une amélioration de la situation alimentaire et de travail –pourrait résoudre en partie ce problème en contribuant à la fixation des populations dans les milieux ruraux.
En bref, il est bien évident que l’agriculture comprise dans son sens global, est un élément moteur pour l’élimination de la pauvreté dans le monde et l’histoire des l’humanité témoigne de l’importance de la régulation de l’activité agricole pour assurer la sécurité alimentaire de la population mondiale.
De la nécessité d’organiser le secteur agricole par des politiques agricoles bien définies pour nourrir les populations
Ceci d écoule d’une nécessité à deux niveaux :
- D’une part, celle de maîtriser les prix et de faire en sorte qu’ils soient raisonnables en vue de résoudre le problème de la sécurité alimentaire.
- D’autre part, celle de disposer d’une offre suffisante en quantité et en qualité
Il est donc nécessaire de mettre en place des politiques agricoles structurées afin de faire face aux défaillances du marché
Cependant, les pouvoirs publics ne doivent pas dicter, seuls, les politiques agricoles nationales, ils doivent pour ce faire, laisser la possibilité aux agriculteurs de prendre part dans la formulation des politiques agricoles tant au niveau national que régional ou local.
Les agriculteurs, acteurs clés dans la formulation de politiques agricoles
Le secteur agricole se caractérise par la faiblesse du pouvoir de négociation des producteurs agricoles sur le marché face aux autres acteurs ainsi que par la fluctuation de la production agricole. La maîtrise de l’agriculture passe par des agriculteurs responsables. Il n’y a pas d’agriculture durable sans des agriculteurs responsables. Il est nécessaire, pour les pouvoirs publics, d’entamer un dialogue avec toutes les composantes de la société civile et en particulier avec les agriculteurs eux-mêmes.
Afin de pouvoir formuler des politiques agricoles et s’ériger en interlocuteurs crédibles face aux pouvoirs publics et à d’autres partenaires sociaux, les agriculteurs doivent se prendre en main, en s’organisant. L’organisation des producteurs agricoles en filières de production et en partenariats permettra un meilleur partage de la valeur ajoutée. Cette structuration du secteur et de la production agricole trouve sa nécessité au niveau régional, au sein d’ensembles régionaux en l’occurrence, la région méditerranéenne.
Un aperçu de la situation agricole dans le bassin méditerranéen et sa place dans l’accord euro-méditerranéen ?
Les Accords d’Association Euro-Med : réciprocité des préférences
Désormais, le partenariat euro-méditerranéen se fera sur de nouvelles bases, stipulant la réciprocité des préférences à l’inverse des accords de coopération qui permettaient un accès privilégié et sans contrepartie aux produits méditerranéens. La mise en œuvre de ces accords a donc été réalisée dans un esprit de régionalisme bilatéral.
Le choix de la voie bilatérale présente l’avantage de permettre l’adaptation du contenu de chaque accord au pays partenaire tout en respectant le rythme de chaque pays. Par ailleurs, ce choix bilatéral incite les pays non-membres à signer un accord pour éviter d’être marginalisés au fur et à mesure de la progression de l’intégration régionale.
Quant aux produits agricoles, ils demeurent soumis au contingentement. Une clause évolutive prévoit de réexaminer la situation cinq ans après la signature de l’accord. Les différentes parties ont la possibilité de s’accorder des concessions réciproques au cas par cas.
Des relations commerciales Nord Sud déséquilibrées : dépendance des pays du sud
La croissance démographique est à l’origine d’une forte demande de produits alimentaires des pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée. Les aléas climatiques engendrent eux, une baisse de l’offre de ces produits dans la région. Par conséquent, ces pays accusent un déficit agricole global de l’ordre de 5 milliards de dollars. Il est de 1 milliards de dollars environ vis à vis de la seule Union européenne. La raison principale pour laquelle le déficit agricole des PPM vis à vis de l’UE est plus faible qu’avec le reste du monde en est simple: les pays méditerranéens ont signé des accords bilatéraux avec l’UE.
L’Algérie, et dans une moindre mesure l’Egypte, sont à l’origine de la majeure partie de ce déficit agricole euro-méditerranéen.
La Turquie et le Maroc sont en position excédentaire vis à vis de l’Europe.
Entre ces deux groupes de pays, les déficits agricoles sont modérés et dans la majorité des cas moins forts qu’avec le reste du monde à l’exception de la Syrie et du Liban.
En somme, les relations commerciales réciproques restent marquées par un certain déséquilibre. Les pays partenaires méditerranéens ne fournissent à l’Europe que 8% des importations agricoles extra communautaires et comptent pour un peu plus de 11% des exportations européennes.
L’UE, principal fournisseur des Pays Partenaires Méditérranéens (PPM)
L’Europe elle, fournit aux pays partenaires méditerranéens prés de 40% de leurs importations agricoles. Elle représente ainsi le principal fournisseur des pays sud et est méditerranéens.
L’UE, principal client des PPM
L’Europe absorbe environ les deux tiers (2/3) des exportations de produits agricoles des PPM. Plus encore, l’Europe est le principal client des biens agricoles sud et est méditerranéens (plus de la moitié (1/2) des pommes de terre et huile d’olive, 2/3 des importations de tangerine et tomates préparées, ½ des tomates et oranges). Pour ces pays fournisseurs, l’Europe représente plus de la moitié de leurs débouchés, voire l’unique marché d’exportation (tomates marocaines, huile d’olive tunisienne, noisettes turques).
Cette dépendance des pays du sud et est méditerranéens vis à vis de l’UE s’est accentuée au cours de vingt dernières années et ce, malgré les restrictions européennes imposées sur les exportations de ces pays. Le problème reste que ces mêmes pays n’ont pas suffisamment diversifié leurs débouchés.
Des disparités économiques entre le nord et le sud du bassin
Les taux de croissance agricoles étant peu élevés par rapport aux autres secteurs de l’économie, ceci conduit à des mouvements d’exode rural massifs et par conséquent à une marginalisation des populations rurales et agricoles. De plus, les politiques nationales encourageant l’industrialisation au détriment du développement agricole engendre une dépendance alimentaire aggravée par la croissance démographique ainsi qu’à une insécurité alimentaire.
Les différences de niveau de développement des économies des pays des deux rives de la Méditerranée sont importantes et difficiles à combler à court terme pour les pays du Sud qui, pour la plupart, se trouvent dans une situation d'ajustement structurel de leur économie.
Une situation de concurrence conflictuelle
Les agriculteurs de part et d’autre de la Méditerranée sont confrontés à une situation de concurrence apparente entre les deux rives de la Méditerranée. La résolution de cette question de concurrence, source principale de préoccupation des producteurs, puise toute son importance à la veille de la création d’une zone de libre échange à l’horizon 2010. Comment se traduit-elle et à quoi est-elle due ?
Ces tensions entre les deux rives de la Méditerranée se traduisent par des produits similaires (légumes, fruits, huile, vin), arrivant à maturité en même temps et commercialisés aux mêmes périodes sur les mêmes marchés. Cette situation de conflit est principalement liée à des disparités de niveaux de développement entre le Nord et le Sud du bassin (les 5 pays de l’Europe du Sud méditerranéenne bénéficient d’un meilleur savoir faire technique et dégagent à eux seul 80% du PIB de l’ensemble des pays méditerranéens), à divers facteurs environnementaux et à des demandes en eau conflictuelles. De ce fait, les pays du sud du bassin sont souvent accusés d’inonder les marchés d’Europe du sud avec des produits similaires à bas prix, ce qui porte préjudice aux produits locaux et aux revenus des producteurs locaux européens.
Toutes ces disparités sont exacerbées par le fait qu’en dépit des accords d’association signés entre la plupart des pays tiers méditerranéens et l’Union européenne, les échanges restent soumis à des concessions tarifaires et à des contingentements. Ceux-ci ne prennent pas ou prou compte du rôle de l’agriculture dans la région méditerranéenne ni de l’importance de la mise en place d’une politique de développement agricole et rural global. Or ce manque de considération du volet agricole dans le partenariat euro-méditerranéen, risquerait de porter atteinte à la mise en place de la future plus grande zone de libre-échange au monde et donc au développement durable de la région.
Le secteur agricole demeure donc «le parent pauvre» du partenariat euro méditerranéen et des accords d’association
Pour une agriculture durable en Méditerranée
Développer des complémentarités entre les deux rives
Devant cette situation alarmante, le Comité méditerranéen de la FIPA a décidé de réagir.
Au delà de ces différends qui entravent les échanges agricoles méditerranéens nord-sud, il y a lieu de définir les éléments qui valorisent les complémentarités de ces agricultures. Ce n’est qu’à cette condition que le partenariat euro-méditerranéen sera profitable aux deux rives et qu’un développement durable de l’agriculture en Méditerranée verra le jour.
Afin de valoriser les atouts de la région, le Comité a jugé urgent de résoudre trois éléments prioritaires, étroitement liés les uns les autres. Il s’agit essentiellement de:
- chercher des formes de diversification des cultures méditerranéennes
En effet, dans le Bassin Méditerranéen, on produit aujourd'hui, les mêmes denrées: légumes, fruits, huile, vin, blé dur, ovins… Ces produits arrivent à maturité quasiment aux mêmes périodes et se destinent presque tous aux mêmes marchés. Par conséquent, la concurrence devient rude car les coûts de production varient considérablement d’un pays à l’autre en fonction de son niveau de développement socio-économique.
- d’améliorer la qualité et la typicité des produits du terroir
La qualité est caractérisée par différents éléments, les plus importants étant la santé et la typicité liée au territoire.
En effet, la typicité est essentielle car un produit réalisé dans une certaine région peut présenter des caractéristiques différentes de celles que présente le même produit s’il est réalisé dans une autre région (conditions climatiques et processus de production spécifiques).
Cela va dans le sens du respect des diversités culturelles et du terroir ainsi que du savoir local.
Il importe donc de réfléchir aux possibilités d’amélioration de la qualité des produits du sud du bassin ainsi que de la production et de la commercialisation afin d’accroître leur valeur ajoutée. Ceci évitera ainsi la standardisation des produits méditerranéens dans un contexte de mondialisation des économies.
- et enfin, d’œuvrer pour rendre l’eau disponible.
Or on ne peut résoudre les deux aspects précédents sans assurer aux agriculteurs la possibilité d'avoir à leur disposition de l’eau en quantité suffisante et à des périodes prévues pour les différentes activités de production. Il faut donc considérer l’accès à l’eau, comme un problème structurel en Méditerranée et qui est urgent de résoudre pour favoriser la diversification de la production et l'amélioration de la qualité et de la typicité des productions méditerranéennes.
Les problèmes suscités par 1’adaptation de l’agriculture aux changements dans les relations commerciales ne doivent pas pour autant mettre de côté les questions liées à la protection de l’environnement de façon général, à la sauvegarde et gestion des ressources naturelles (eau, foncier) de la lutte contre la désertification et des aspects liés à la santé publique qui impliquent une coopération régionale et des programmes spécifiques.
L’idée de valorisation des complémentarités de productions entre les deux rives du bassin nécessite dans un premier temps l’état des lieux de ces complémentarités en se basant sur l’étude de données fiables et actualisées. L’objectif de ce travail d’analyse étant de trouver les voies de complémentarités en matière d’échanges agricoles de part et d’autre du bassin. Pour ce faire, il est essentiel de cerner avec précision la situation des agricultures en fournissant des données concernant les types de produits importés et exportés, le calendrier des semis ainsi que les périodes d’exportation. Il est également important d’identifier les facteurs sources de concurrence telles que : les prix, coûts de production, qualité et typicité territoriale, subventions, conservation, transports, adaptation de la production en fonction de la demande, la recherche de créneaux spécifiques en fonction de la demande, d’orientation vers des marchés appropriés, notamment dans le contexte de l’élargissement de l’Union européenne.
Cette nouvelle approche pour un développement durable équilibré des deux rives de la Méditerranée ne peut se concevoir sans le concours d’organismes partenaires européens, d’organismes de recherche, aux côtés des organisations agricoles méditerranéennes. C’est ainsi que, pour la première fois dans l’histoire de l’Union européenne, agriculteurs et parlementaires se sont retrouvés réunis, au sein même du Parlement européen pour discuter des enjeux de l’agriculture en Méditerranée. La première conférence Euro-méditerranéenne sur l’agriculture, impulsée par la FIPA, a révolutionné les coutumes des instances européennes puisqu’elle a réuni, dans la même salle, parlementaires et agriculteurs. Aussi, l’objectif principal de cette activité, était de reconnaître la spécificité de l’agriculture méditerranéenne, en l’élevant au rang des secteurs prioritaires dans la politique européenne. Qui d’autres que les agriculteurs eux-mêmes sont le mieux placés pour exposer et analyser les problèmes de l’agriculture méditerranéenne qu’ils vivent au quotidien? Ce genre de dialogue entre les agriculteurs de la FIPA et les instances européennes semble se consolider et se poursuivre.
La libéralisation doit se faire de façon graduelle
Une libéralisation trop rapide risque de creuser davantage ces différences, de fragiliser l’agriculture et faire des PPM de simples marchés pour l’UE. Les répercussions de ces mesures peuvent être négatives pour des secteurs agricoles encore fragiles mais peuvent aussi affecter l’ensemble de la population puisque tout arrêt des subventions à l’exportation dans les pays de l’UE se traduira immanquablement par un accroissement des prix des produits de base importés par les pays du Sud de la Méditerranée. D’autre part, tout démantèlement tarifaire brutal se traduira par des pertes en termes de taxes à l’importation dans le cadre d’une concurrence accrue pour les produits des pays partenaires méditerranéens.
C’est pourquoi il est nécessaire de bien examiner les interactions des effets des mesures de libéralisation du commerce extérieur d’un pays à l’autre et de traiter les problèmes au cas par cas.
De ce fait, il est important de mettre en évidence déséquilibre entre les deux rives de la Méditerranée pour mieux souligner la nécessité de dépasser le simple le aspect commercial en l’intégrant dans une dimension plus large de complémentarité et de partenariat qui inclurait développement et la stabilité. Plusieurs aspects sont à prendre en considération.
Dans les pays développés, l’agriculture, du fait de sa spécificité, n’est pas restée livrée aux seuls mécanismes du marché. Les pouvoirs publics y ont mis en place une série de leviers destinés à orienter et soutenir les productions, sécuriser les exploitants et stabiliser leurs revenus. Aujourd’hui, l’agriculture de ces pays repose sur des bases solides et peut ainsi faire face à la concurrence.
Les pays tiers peuvent davantage bénéficier d’un accès sécurisé et limité à un marché européen stable et soutenu que d’un accès totalement libre à un marché européen déstabilisé par une ouverture générale du marché.
C’est pourquoi il est important d’améliorer les règles de gestion des contingents d’importation en recherchant les meilleures modalités possibles en termes de calendrier, de volume ou autres.
La politique agricole commune et l’ assistance technique et financière aux PPM
- Les coûts de la libéralisation Euro-Méditerranéenne seront supportés essentiellement par les pays méditerranéens de l’Europe. Or l’essentiel des fonds structurels communautaires ne sont pas forcément réservés à l’agriculture. L’UE ne devrait-elle pas envisager le renforcement des capacités d’organisation et d’exportation des agriculteurs méditerranéens de l’Union en redistribuant des fonds communautaires à leur égard (soit dans le cadre de la PAC, soit dans celui des fonds structurels)?
- Les changements qui s’imposent aux PPM ont besoin d’une période de transition motivée par la restructuration et la mise à niveau de leurs secteurs agricoles.
Ces changements doivent nécessairement être accompagnés d’une assistance technique pour l’harmonisation des normes, le contrôle sanitaire et phytosanitaire et le développement des capacités d’organisation en matière de production et d’exportation
Il est alors nécessaire de mettre en place un programme d’accompagnement pour l’agriculture par une redéfinition des accords MEDA qui ont tendance à marginaliser le problème agricole. Il s’agira alors d’identifier les secteurs les plus soumis à la concurrence, de préserver certains secteurs et d’aider à la réorientation de certains autres.
Dans le même ordre idée, des transferts technologiques s’avèrent nécessaires pour aider à l’adaptation des agricultures méditerranéennes aux marchés européens.
- La reformulation du programme MEDA peut également intervenir dans le secteur l’agroalimentaire, à forte valeur ajoutée. Un partenariat et une assistance technologique devront être prévues pour permettre aux produits du sud du bassin de devenir compétitifs sur l’ensemble des marchés internationaux , y compris l’UE.
- Dans ce but, le processus de Barcelone doit être relancé en instaurant un véritable programme de développement et de modernisation de l’agriculture, au-delà du programme MEDA, grâce à des moyens financiers appropriés et à une préparation entre les Pouvoirs Publics, les organisations agricoles du bassin méditerranéen et les institutions européennes. Il faut également poursuivre la coopération entre les organisations agricoles et les filières agro-alimentaires.
Pour la paix et la stabilité en Méditerranée
L’ensemble des propositions suggérées à savoir la réduction des disparités économiques, la résolution des problèmes hydriques, la diversification des productions pour le développement agricole de la région ne peuvent voir le jour sans le maintien de conditions de paix et de stabilité dans chacun des pays méditerranéens.
Pour finir, j’aimerais porter à votre attention quelques éléments de conclusion
La diversification et la restructuration des agricultures en Méditerranée seront nécessaires pour remplir les conditions d’une intégration régionale réussie. Le normes doivent être harmonisées et les frontières devront s’ouvrir de façon graduelle et ce, afin de permettre aux agricultures de chacun des pays partenaires de faire valoir ses avantages au profit des consommateurs.
C’est dans ce sens que nous pensons que les agricultures des deux rives de la Méditerranée devraient envisager leur coopération et la mise en œuvre d’une zone méditerranéenne de libre échange en mettant en valeur les atouts des uns et des autres. Le but ultime de cette zone de libre échange devrait porter sur la formation d’un ensemble méditerranéen fort, dans lequel l’agriculture fait partie des principales préoccupations du partenariat.
Concertations entre agriculteurs de part et d’autre de la Méditerranée, politique participative, sensibilisation des instances européennes et internationales aux enjeux de l’agriculture méditerranéenne, collaboration entre agriculteurs et chercheurs, telles sont les voies à poursuivre pour que les agriculteurs méditerranéens puissent vivre dignement de leurs productions dans une zone euro-méditerranéenne prospère, futur plus grand espace régional.
Je vous remercie.







