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Session de dialogue entre les parties prenantes lors de la 4ème Conférence Préparatoire au Sommet Mondial sur le Développement Durable
Session Plénière inauguraleCommunication sur: “La Gouvernance du développement Durable”
27-29 mai 2002, Bali, Indonésie
Par M. Rémi BAILHACHE, Administrateur de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture, Représentant le Président de la FIPA
M. Le Président,
C’est pour moi un honneur et un plaisir de représenter aujourd’hui, dans notre rencontre, le Président de la Fédération Internationale des Producteurs Agricoles. Je suis producteur agricole, plus précisément éleveur, en France et administrateur de l’Assemblée Permanente des Chambres d’Agriculture françaises. Je tiens tout d’abord à renouveler les félicitations de la FIPA aux Nations Unies pour continuer à consulter les parties prenantes dans cette préparation du Sommet Mondial de Johannesburg. Je tiens aussi, au nom de tous les agriculteurs, à vous remercier de la place qui est faite à notre secteur dans le texte de négociation. En effet, l’agriculture est liée à un grand nombre des chapitres de ce texte : l’éradication de la pauvreté, la consommation et la production durables, la gestion des ressources naturelles,l’énergie, l’eau douce, la santé, l’éducation, le commerce et l’accès au marché, ainsi que le transfert de technologie et le renforcement des capacités.
On le voit, l’activité agricole est au coeur de l’ensemble des dimensions du développement :
- dimension sociale tout d’abord puisque notre secteur concerne directement la moitié de la population mondiale ;
- dimension environnementale avec le lien étroit, par définition, entre la production et le milieu naturel ;
- dimension économique tant ce secteur est important dans l’économie de nombreux pays en développement ;
- dimension sanitaire enfin vue l’existence des liens très forts qui unissent l’alimentation et la santé.
Mais l’agriculture est un secteur fragile. Ses spécificités -on pourrait citer le lien fort au climat qui rend aléatoire les volumes de production, le travail d’une matière biologique qui multiplie les risques sanitaires, l’amplitude des variations de prix avec les déséquilibres des marchés- doivent être prises en compte au niveau international.
En premier lieu, notre secteur nécessite des politiques spécifiques :
- Des politiques qui sachent allier une certaine gestion des marchés intérieurs et l’efficience de la libre concurrence.
- Des politiques qui puissent concilier amélioration de l’accès aux ressources naturelles et gestion intégrée de celles-ci.
- Des politiques de développement des zones rurales, par la consolidation des services publics fondamentaux (santé, éducation, énergies et voies de communication) ainsi que par l’appui aux entreprises rurales.
- Des politiques qui placent au coeur de leurs objectifs, l’exigence de sécurité alimentaire, en privilégiant le développement des productions vivrières.
Ces politiques ne peuvent être définies par les autorités publiques seules qu’elles soient nationales ou supra-nationales. Elles nécessitent une large coordination entre les organismes internationaux, les pouvoirs publics nationaux, les autorités locales et les acteurs économiques concernés. Il est donc indispensable de favoriser la participation des agriculteurs à tous les niveaux de conception et de décision. Pour cela, il est nécessaire que se mettent en place les processus démocratiques favorisant l’émergence d’organisations représentatives, capables de négocier, sur un pied d’égalité entre elles, avec les autorités dont elles relèvent. Ceci suppose de soutenir les actions permettant l’organisation des producteurs de la base au sommet. Il faut donc, partout, renforcer l’efficience et la transparence des administrations publiques, la liberté syndicale, la formation des agriculteurs, l’émergence de processus électifs. Les organisations agricoles peuvent avoir des formes et des buts très variées. On peut citer l’organisation par filières économiques, les regroupements territoriaux, les coopératives, les chambres d’agriculture, les organisations syndicales, les regroupement de jeunes et de femmes. L’ensemble de ces organisations et notamment celles qui représentent des populations vulnérables doivent avoir un accès égal aux processus décisionnels.
C’est par ce biais que l’on pourra faire des agriculteurs, des acteurs du développement durable. Il convient que ceux-ci le prennent comme une nécessité, un moyen pour eux d’accroître leur revenu et leur bien-être et non comme une contrainte imposée par en haut.
Nous croyons fermement dans les vertus du commerce pour le développement économique. Toutefois, nous pensons qu’il faut tempérer cette croyance par un préalable : l’accroissement du commerce est une bonne chose s’il bénéficie aux populations agricoles, aux communautés rurales et à la prospérité des Etats. Il convient donc, dans l’objectif d’accroissement des échanges de rechercher les voies qui répondent le mieux à cette exigence. A cette fin, il convient d’évaluer les effets des accords commerciaux. Nous n’avons pas la prétention de nous poser en donneurs de leçons mais il nous semble que le libre-commerce absolu n’est pas une réponse adaptée et que des régulations doivent être recherchées pour aboutir à un commerce réfléchi. Que proposons nous ?
Tout d’abord, que la priorité soit donnée à l’augmentation conséquente de l’auto-approvisionnement au sein des pays en développement. Plusieurs pistes sont envisageables : le renforcement des entreprises du secteur, par l’amélioration du système de crédits, par l’investissement dans la recherche et développement et dans la formation des hommes et par des partenariats avec le secteur privé ; la création ou la fortification d’ensembles régionaux à l’échelle desquels il faut favoriser et réguler les échanges. Mais ces progrès ne seront réalisables que si les politiques agricoles et les pratiques commerciales des pays tiers, et notamment des pays industrialisés, n’entravent pas la bonne marche des marchés locaux. Chaque pays doit pouvoir chercher à garantir la rentabilité économique de son agriculture. Il ne faut pas oublier, en effet, que le développement des productions primaires est un préalable au développement économique global.
Ensuite, il convient d’agrandir la place des pays en développement, et notamment des pays les moins avancés, dans les échanges mondiaux agricoles. Pour cela, les pays industrialisés doivent mettre en place des politiques commerciales généreuses en veillant à ce que celles-ci génèrent un progrès économique et social partagé et que leurs bénéfices ne soient pas accaparés par des groupes réduits. De plus, il faudra encourager, à l’avenir, le commerce entre pays en développement.
Vous l’aurez compris, notre objectif fondamental est l’accroissement du bien-être des communautés rurales. Car notre réflexion se base sur le principe que plus les paysans sont pauvres, plus ils sont tentés par des attitudes prédatrices à l’égard des ressources naturelles : forêt, eau, biodiversité... Car pour eux, c’est alors une question de survie.
Nous espérons que notre message sera écouté et, qu’à l’issue du Sommet de Johannesburg, des orientations ambitieuses seront dessinées pour l’agriculture alliant moyens généreux et solutions courageuses qui pourront répondre aux demandes croissantes de la société pour un développement équilibré entre le Nord et le Sud et, au sein de chaque Etat, entre les différentes catégories sociales qui le composent.







