
Conférence Préparatoire au Sommet Mondial sur le Développement Rural (PREPCOM4)
Texte de conclusion de la FIPA
29 mai 2002, Bali, Indonésie
Monsieur le Président,
Je tiens tout d’abord à vous remercier pour la tenue de ces trois journées de réunions. Elles auront été riches en débats et en idées. Toutefois, à l’issue de cette Conférence, nous ne pouvons pas ne pas ressentir une certaine forme de frustration. En effet, il nous semble que le temps nous a manqué pour développer au mieux l’ensemble de nos idées et de nos propositions, ce qui prouve tout l’intérêt de multiplier les lieux d’échanges entre les différents groupes majeurs.
Je vais maintenant développer les points fondamentaux pour le groupe des agriculteurs, en suivant le programme de ces trois journées .
Concernant la Gouvernance, la FIPA considère comme essentiel le développement des services publics fondamentaux dans les zones rurales. En effet, au sein des pays en développement, les populations rurales ont un besoin impérieux de voir se renforcer des services publics tels que l’éducation, la santé, l’accès à l’énergie, l’accès à l’alimentation et à l’eau, les voies de communication et de transport. La consolidation de ces services est une condition essentielle du développement durable des zones rurales.
Toutefois, dans le même temps, il est primordial de veiller à ce que l’action de l’administration soit efficiente.
De plus, l’agriculture est un secteur économique marqué par de fortes spécificités :
- un lien fort au climat qui rend aléatoire les volumes de production ;
- le travail d’une matière biologique qui multiplie les risques sanitaires ;
- l’amplitude des variations de prix avec les déséquilibres des marchés.
Ainsi, elle nécessite des politiques agricoles adaptées à tous les niveaux.
Au niveau international, il faut continuer à promouvoir l’accroissement des échanges. Toutefois, il faut veiller à ce que ceux-ci bénéficient en premier lieu aux agriculteurs et aux communautés rurales. Une évaluation de l’impact de la libéralisation des échanges sur le secteur agricole serait, à cet égard, indispensable. Pour ne pas perturber l’amélioration de la production vivrière des pays en développement, il faut veiller, en outre à ce que les politiques agricoles nationales ne s’orientent pas vers des formes de soutiens pouvant créer des distorsions. Ceux-ci, au contraire, devraient être diminués.
Il est nécessaire aussi de promouvoir des politiques agricoles à l’échelle de regroupements régionaux cohérents ayant pour objectif l’amélioration de l’auto-aprovisionnement. Ces ensembles régionaux sont, en outre, une bonne base pour l’accroissement des échanges entre pays industrialisés et pays en développement ainsi que pour le développement de coopérations.
Enfin, les politiques agricoles doivent pouvoir s’axer sur un certain nombre de mesures transparentes et lisibles :
- un certain niveau de régulation des marchés ;
- la mise en place de mécanismes de gestion des risques ;
- des programmes de développement rural.
Enfin, en agriculture, l’unité de production la plus fréquente est l’exploitation familiale. Les agriculteurs sont donc souvent isolés face aux pouvoirs publics locaux et nationaux ainsi que dans leurs rapports avec les industriels d’amont et d’aval. Ils ont donc besoin de se réunir et de s’organiser. Les pouvoirs publics doivent donc mettre en place le cadre juridique nécessaire à l’émergence de ces organisations, sous toutes leurs formes : économique pour l’amélioration de leur pouvoir de marché, syndical pour leurs rapports avec les pouvoirs publics… Il est en outre fondamental de promouvoir parallèlement les organisations d’acteurs ruraux essentiels que sont les femmes et les jeunes. Ces organisations doivent exister à tous les échelons (locaux, nationaux et supra-nationaux) et se construire du bas vers le haut.
Mais il est indispensable d’aller plus loin que la seule création d’organisations. Il faut que celles-ci puissent être consultées à tous les échelons des processus décisionnels. Il faut, aussi, qu’elles puissent mettre en œuvre d’un certain nombre de projets locaux.
Concernant le renforcement des capacités, le groupe des agriculteurs voudrait insister sur trois points.
De par leur activité, les agriculteurs ont acquis des compétences sur la gestion des questions environnementales, notamment dans les domaines de l’eau et de l’accès aux ressources. Leurs expériences et leurs compétences doivent être mobilisés par les gouvernements, les autorités locales et l’ensemble des groupes majeurs pour la gestion de tels enjeux.
Ils sont aussi à l’initiative de plusieurs projets pouvant améliorer la situation environnementale comme la gestion des déchets, l’élaboration de guides de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement ou la production d’énergies propres.
De plus, pour pouvoir exercer leur activité économique dans des conditions permettant le développement durable, les agriculteurs nécessitent une sécurisation de leurs droits à accéder à la terre ainsi qu’aux ressources naturelles, entre autres par des politiques foncières adaptées.
Il est important, en outre, pour le bien de tous de reconnaître l’existence des savoir-faire traditionnels, de les identifier et de les protéger. Ceux-ci pourraient représenter autant de solutions pour l’avenir.
En outre, pour favoriser certains types de développement économique, il est indispensable que les productions agricoles et artisanales traditionnelles liées à des situations culturelles et naturelles spécifiques obtiennent une protection, notamment à travers les négociations sur la propriété intellectuelle de l’OMC. En effet, ce sont des outils potentiels de développement rural.
Enfin, dans les pays en développement, la qualité sanitaire de l’alimentation est la cause de nombreux problèmes de santé. Il est donc indispensable d’accroître les moyens de régulation sanitaire tout au long de la chaîne alimentaire.
De plus, les agriculteurs sont désireux, dès que le cas le nécessite, de l’application du principe de précaution, pourvu que celui-ci soit basé sur la science et transparent. Ils peuvent même en être des acteurs grâce à la mise en place d’outils de traçabilité des productions.
Ces trois aspects du renforcement des capacités nécessitent bien évidemment la mobilisation de moyens privés et publics, nationaux et internationaux. Ils peuvent aussi faire partie intégrante de partenariats dans un cadre régional.
Ils appellent, en outre, l’accroissement des coopérations décentralisées, au sein du groupe des agriculteurs, mais aussi avec les autres acteurs majeurs, notamment les autorités locales.
Troisième sujet de discussion de cette Conférence, la construction de partenariats entre les différents groupes majeurs, avec l’appui des gouvernements et des instances internationales, recueille l’approbation du groupe des agriculteurs. Trois thèmes nous semblent prioritaires.
Premièrement, les énergies renouvelables. Les agriculteurs peuvent jouer un rôle important dans la régulation du problème majeur qu’est le réchauffement climatique. En axant une partie de leurs productions sur des cultures énergétiques, à la base de bio-carburants comme le diester et l’éthanol, ils peuvent aider à la diminution de l’utilisation du carbone fossile. Les gouvernements, les organisations intergouvernementales, les autorités locales, la recherche et les industries doivent se mobiliser avec eux afin que cette production puisse atteindre les économies d’échelle nécessaires à son succès.
En outre, principaux occupants des espaces géographiques, ils sont prêts à y accueillir des outils de production d’énergies « propres » comme les éoliennes ou les panneaux solaires. Pour ces productions aussi, ils souhaitent entrer dans des partenariats dynamiques.
Deuxièmement, le groupe des agriculteurs souhaite accroître les partenariats avec la recherche. Il existe d’ores et déjà de nombreuses actions communes entre le monde de la recherche et le groupe des agriculteurs. Il est indispensable de poursuivre dans cette voie, en rappelant que :
- les agriculteurs sont demandeurs d’une solution au problème des biotechnologies. Il faudra, à l’avenir, conclure sur l’existence d’un risque ou son inexistence. Il faudra ensuite établir un cadre réglementaire pour que leur utilisation ne génère pas de risques environnementaux et sanitaires et que les agriculteurs conservent leur indépendance vis à vis d’entreprises dont la concentration peut mener à des situations oligopolistiques. Enfin, il est indispensable d’orienter la recherche vers l’élaboration de biotechnologies profitables aux pays du sud.
- les pratiques agricoles traditionnelles peuvent constituer, pour la recherche, des viviers de solutions environnementales pour l’avenir.
Enfin, il faut promouvoir la coopération au sein du monde agricole. Celle-ci doit s’orienter vers l’élaboration de projets de développement durable et d’amélioration de la production vivrière. Ces coopérations doivent viser l’ensemble des acteurs du monde rural, notamment les femmes et les jeunes et accroître les moyens mis à disposition des agriculteurs, par le biais, notamment, de la création de banques rurales, gérées par les agriculteurs et soutenues par les autorités locales, les gouvernements, les institutions internationales et les partenaires privés.
Ces actions doivent aussi avoir pour objectif de monter des filières économiques viables sur le long terme.
Comme vous avez pu l’entendre, au travers de notre exposé, des solutions concrètes sont possibles pour progresser dans l’objectif du développement durable et les agriculteurs du monde y ont toute leur place. Nous espérons que le Sommet de Johannesbourg sera l’occasion d’une redynamisation de ce processus auquel nous apporterons toute notre énergie.
Monsieur le Président, Messieurs et Madame les Vice-Présidents, je vous renouvelle nos remerciements.







