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Journée Mondiale de l'Alimentation 2003
Journée Mondiale de l'Alimentation:
les agriculteurs ont faim
Jack Wilkinson, président de la FIPA
Tandis que tout le monde célèbre la Journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre, les producteurs d’aliments eux-mêmes craignent pour leur avenir. Le monde est face à un paradoxe : les agriculteurs ont pour tâche de nourrir l’humanité tout entière, et pourtant, nombre d’entre eux ne parviennent même pas à se nourrir, eux-mêmes et leur famille. Tandis que dans bien des pays développés, la qualité et la quantité d’aliments sont aujourd’hui considérées comme allant de soi, en ce XXIe siècle de surabondance générale, 840 millions de gens souffrent encore de la faim, et la plupart d’entre eux sont des agriculteurs. Or, comment peut-on espérer éliminer la faim et assurer la sécurité alimentaire sans les agriculteurs?
Célébrer la Journée mondiale de l’alimentation signifie souligner, d’une part, les incroyables prouesses des agriculteurs qui produisent des aliments de qualité supérieure de manière écologique tout en respectant le bien
La Journée mondiale de l’alimentation est l’occasion de mettre l’accent sur la contribution des agriculteurs à la sécurité alimentaire, et de montrer combien, par ailleurs, les agriculteurs reçoivent peu en échange. Mettons l’accent sur les agriculteurs et les collectivités rurales. La plupart des 1,2 milliards de personnes qui vivent dans une pauvreté absolue sont des agriculteurs, et souvent des femmes. Nombre d’entre eux n’ont pas un accès garanti à la terre, à l’eau, aux semences et au crédit. Ils n’ont pas les infrastructures de base pour l’éducation, la santé, la gestion de l’eau, la commercialisation et le transport.
Même lorsque les agriculteurs ont la chance de dépasser le stade de l’autosuffisance et de produire un excédent qu’ils peuvent vendre sur les marchés commerciaux, ils sont confrontés aux négociants qui détiennent le monopole et qui imposent souvent des prix excessifs aux intrants agricoles, tout en obtenant les produits agricoles à un prix dérisoire. Cette journée vient nous rappeler ce genre de problèmes.
Les consommateurs connaissent-ils vraiment le sort des agriculteurs à qui ils doivent ce qu’ils trouvent dans leur assiette ? Savent-ils que moins de 20 % de l’argent qu’ils dépensent pour leur alimentation revient aux agriculteurs ? Même pour des produits de « commerce équitable », comme les « bananes de commerce équitable », trois quarts de la somme supplémentaire que paie le consommateur vont dans les poches des industries du secteur agroalimentaire, et non dans celles des agriculteurs. Les consommateurs des pays industrialisés savent-ils que lorsqu’ils paient 3,60 $ pour une livre de café, le producteur de café n’en reçoit que 24 cents ? Savent-ils que pour chaque dollar qu’ils dépensent pour acheter du pain ou des frites, l’agriculteur ne reçoit que 6 cents ? Par ailleurs, dans les pays en développement, les familles doivent dépenser 80 % de leur revenu pour se nourrir.
Prendre des mesures concrètes pour remédier à cette situation critique signifie soutenir des initiatives nationales, en adoptant les lois voulues ou en instaurant des cadres professionnels, pour renforcer la position de l’agriculteur dans la chaîne agroalimentaire. Si l’on veut réduire la faim et la pauvreté, il faut renforcer le pouvoir des agriculteurs par rapport aux autres partenaires de la chaîne agroalimentaire. Toutefois, tout partenariat qui se veut efficace doit se situer sur un pied d’égalité ; or, aujourd’hui, les agriculteurs sont rarement sur un pied d’égalité.
Face à cette situation, la FIPA a lancé une initiative de coopération en matière de développement qui consiste à ce que les organisations agricoles des pays industrialisés aident leurs homologues des pays en développement à se renforcer. Telle est notre contribution à l’« Alliance internationale ». Mais les agriculteurs ne peuvent y parvenir à eux seuls. Les gouvernements nationaux et les institutions internationales doivent veiller bien davantage à ce que les marchés alimentaires et agricoles soient soumis à la concurrence, et qu’ils ne soient pas entre les mains d’un petit nombre de grandes sociétés multinationales.
À titre de dirigeant agricole, je m’inquiète beaucoup de la lenteur à laquelle progresse la réduction de la faim dans le monde. Ceci est dû à la négligence dont l’agriculture fait l’objet. Les agriculteurs du monde entier espèrent que la Journée mondiale de l’alimentation 2003 ira au delà de l’«Alliance internationale contre la faim », et qu’elle sensibilisera le monde à la situation alarmante des agriculteurs et de leurs collectivités rurales. Trois quarts des pauvres vivent dans les régions rurales et tirent leur subsistance de l’agriculture ou d’activités connexes. Si les dirigeants du monde prennent au sérieux l’objectif de réduire de moitié la faim dans le monde d’ici à 2015, ils doivent reconnaître explicitement que la lutte contre la faim comporte un combat pour maintenir les agriculteurs dans leurs terres.
La Journée mondiale de l’alimentation est l’occasion pour les citoyens du monde entier de reconnaître les réussites et les difficultés quotidiennes des agriculteurs qui nourrissent près de sept milliards de personnes sur cette planète. Cette journée est également l’occasion pour les dirigeants du monde, tant à l’échelon national qu’international, de réorienter la lutte contre la faim et de lui imprimer un élan nouveau. On ne peut se contenter du statu quo. L’action s’impose. Les agriculteurs sont disposés à travailler pour assurer l’alimentation du monde entier. Les dirigeants du monde sont
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Julie Emond
Coordonnatrice
des Communications
E-mail: julie.emond@ifap.org
Tel: +33 1 45 26 05 53 Fax: +33 1 48 74 72 12
La FIPA est l’organisation mondiale des agriculteurs qui représente plus de 500 millions de familles d’agriculteurs regroupées en 100 organismes nationaux répartis dans 70 pays.
Il s’agit d’un réseau mondial où les agriculteurs des pays industrialisés et des pays en développement débattent ensemble de leurs préoccupations et établissent des priorités communes.
La FIPA, qui défend les intérêts des agriculteurs à l’échelon international depuis 1946, a un statut consultatif général auprès du Conseil économique et social des Nations Unies.
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