Conférence de la FIPA sur les produits |
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Groupe des produits tropicaux |
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Bruges, Belgique, 20 avril 2005 |
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Rapport Final |
THÈME GÉNÉRAL: SENSIBILISATION SUR LA SITUATION DES PRODUCTEURS
Ouverture de la session
Le groupe sur les produits tropicaux de la FIPA s’est réuni à Bruges le 19 Avril 2005. Après l’ouverture de la session par M. Mathias N’Goan, président du groupe des produits tropicaux de la FIPA et les mots de bienvenue de M. Ignace Coussement du Boerenbond belge, les discussions du groupe ont porté principalement sur Comment améliorer les revenus des producteurs de produits tropicaux. Par ailleurs une table ronde a été organisée en collaboration avec trois agri-agences, IVA, AGRITERRA et AFDI.
Proposition de plan d’action de l’Union européenne sur les produits de base agricoles
Mme Liselotte Isaksson de l’Union Européenne, a présenté les grandes lignes du plan d’action de l’Union Européenne sur les produits agricoles. Ce plan d’action a été adopté en février 2004 avec pour double objectif d’améliorer les revenus des producteurs des produits de base traditionnels ou autres et de réduire la vulnérabilité des revenus, tant au niveau des producteurs qu’au niveau macroéconomique. Ce plan d’action est parti du constat accablant de la dépendance des Pays en Développement Tributaires des Produits de Base (PDTPB) et de la chute des cours des produits de base qui ont enregistré une baisse de 30 à 60% (en dollars constants) selon les cas.
Mme Isaksson a expliqué que ce plan vise à relever les six défis suivants: (1) Réduire en priorité la dépendance vis-à-vis des produits de base aux niveaux national et international; (2) Remédier à la chute des prix en mettant en place des stratégies nationales (2004-2007) ainsi qu’à l’échelle régionale; (3) Gérer les risques liés aux produits de base et donner accès aux ressources financières : meilleur accès aux assurances et élaboration d’instruments de gestion des crises au niveau macroéconomique (avec notamment la Banque mondiale et les organisations internationales), meilleur accès au mécanisme compensatoire FLEX de l’UE (instrument de l’Union européenne pour compenser les fluctuations à court terme des revenus à l’export des pays Afrique - Caraïbes- Pacifique (ACP); (4) Diversifier la production à des produits de base non traditionnels avec notamment le renforcement de l’aide au secteur privé en partenariat avec des ONGs si nécessaire; (5) Favoriser leur intégration dans le système commercial international ; (6) Encourager le recours à des pratiques d’entreprise et des investissements viables dans les PDTPB: promotion de la responsabilité sociale des entreprises, promotion de partenariats public-privé avec des multinationales et des PDTPB, promotion de la concurrence (garantir la concurrence au sein de l’OMC).
Cette présentation a donné lieu à une discussion animée où deux points ont été soulevé concernant l’implication des organisations agricoles dans le plan d’action et plus généralement la façon dont l’Union européenne pourrait développer à l’avenir des stratégies pouvant lui permettre de s’adresser directement aux agriculteurs.
En conclusion, les membres ont reconnut qu’il est nécessaire de renforcer la capacité des organisations paysannes tant au niveau national, régional et international afin qu’elles soient en mesure de bénéficier pleinement du plan d’action en particulier et des initiatives de partenariat secteur privé-secteur public en général.
SÉANCE CAFÉ
1. Situation du marché du café et comment améliorer le revenu des producteurs
M. Pablo Dubois de l’Office International du café a présenté la situation du marché du café. Il a rappelé que depuis la fin de 2003, le prix du café arabica a doublé, et celui du robusta a augmenté d’environ 38%. Ensuite, Monsieur Dubois a expliqué que ce n’est qu’au cours des cinq derniers mois que le prix de l’arabica a fait l’objet d’un mouvement positif, et encore plus récemment dans le cas du robusta. Pendant presque toute la période 2000-2004, les prix sont demeurés à un niveau qui n’avait pas été aussi bas depuis longtemps et qui, dans bien des cas, ne suffisait même pas à couvrir les frais de production, ce qui a causé de nombreux problèmes sur le plan économique et social dans les localités productrices de café.
Au cours de la discussion qui a suivi la présentation de Monsieur Dubois, quelques pistes ont été évoquées afin de trouver des solutions à la crise du café qui se traduit principalement par des prix très bas aux producteurs. Il s’agit notamment (1) d’améliorer l’information aux producteurs- (2) de promouvoir la diversification- (3) de lever des barrières tarifaires pour les produits transformés –(4) de développer des marchés niches exemple:café biologique – (5) de miser sur la qualité – (6) de renforcer les capacités des organisations des producteurs- (7) et de stimuler de nouveaux marchés.
2. Qu’y a t-il derrière le prix du café: formation du prix de café du producteur au consommateur dans une perspective de durabilité
Mme Mamaty, analyste produits de la FIPA a présenté l’étude en préparation par Consumers International sous la responsabilité de Mme Irina Danada. L’étude porte sur la formation du prix du café du producteur au consommateur. L’objectif de cette étude est d’informer et de sensibiliser le consommateur sur l’impact de ses décisions d’achat sur l’agriculture durable et le développement rural (ADDR) en analysant la chaîne du café. Pour cela, l’étude a pour mission de :
(1)- Découvrir la formation des prix du café cultivé de manière conventionnelle et du café portant le label de la durabilité et du commerce équitable de différentes régions du monde en termes d’impact économique, environnemental et social, notamment au niveau des revenus des cultivateurs et de la main d’œuvre ;
(2)- Explorer les moteurs et les barrières de la production et de la consommation durables dans le secteur du café dans le contexte actuel de coordination verticale et de concentration industrielle de la chaîne alimentaire ;
(3)- Apporter des recommandations politiques qui influenceront les forums internationaux spécifiques ;
(4)- Faire participer les groupes de «Consumers International» au recueil de données sur les prix, sollicitant ainsi également l’intérêt et les compétences dans l’étude du fonctionnement des chaînes de marchandises ;
(5)- Apporter aux consommateurs des informations qui les encourageront et leur permettront de faire un choix informé au moment de choisir un café produit de manière écologiquement viable.
La FIPA va contribuer à cette étude en collaborant à la préparation des questionnaires aux producteurs. Par ailleurs, des membres de la FIPA vont faire partie de l’échantillon de l’étude et répondre au questionnaire ainsi qu’aux interviews sur le terrain.
SÉANCE CACAO
1. Situation du marché du cacao et comment améliorer le revenu des producteurs
M. Jan Vingerhoets, directeur exécutif de l’organisation internationale du cacao (ICCO) a présenté la situation du marché du cacao. Il a expliqué que la production mondiale de cacao a augmenté de manière irrégulière de 2,9 millions de tonnes en 1995/96 à un niveau projeté de 3,2 millions de tonnes en 2004/05, soit un taux de croissance annuel moyen de 1,0%. La consommation mondiale du cacao a augmenté en moyenne de 1,8% par an. Ces deux dernières années, l’offre a été supérieure à la demande. Les stocks mondiaux de fèves de cacao ont augmenté pour passer d’environ 1,2 millions de tonnes au début de la saison 1995/96 au niveau prévu de 1,4 million de tonnes à la fin de la saison 2004/05.
Pour ce qui concerne le commerce du cacao, M. Vingerhoert a dit que l’Afrique compte pour 77% des exportations nettes mondiales de cacao, suivie de l’Asie et de l’Océanie (17%) et de l’Amérique (6%). En tenant compte des statistiques des cinq dernières années, les importations du cacao se ventilent comme suit: pays européens (58%), Amérique (30%), Asie (11%) et Afrique (1%). Les Etats-Unis sont le plus gros importateur avec 23% des importations mondiales.
M. Vingerhoert a dit qu’après une période de trois ans d’augmentation constante, les prix internationaux moyens du cacao ont enregistré une baisse substantielle de 23% au cours de la saison 2003/2004 passant de 1.369 Droits de Tirage Spéciaux (DTS) en 2002/03 à 1047 DTS.
Après cette analyse, M.Vingerhoest a évoqué quelques pistes pour améliorer la situation du marché du cacao à savoir : (1) Augmenter la demande- (2) Fournir une bonne information aux producteurs- (3) Améliorer la qualité totale (physique et éthique, sécurité alimentaire, production durable)- (4) Organiser les producteurs en coopératives afin de raccourcir la chaîne de commercialisation- (5) Augmenter le rendement et la productivité du travail par l’amélioration des techniques.
Au cours de la discussion qui a suivi la présentation de M.Vingerhoest, les participants ont insisté sur les actions à mettre en place pour améliorer le revenu des producteurs tant aux niveaux technique (rendement, intrants, qualité avec un lobbying auprès des consommateurs), institutionnel (renforcement des organisations de producteurs), que commercial (partenariats à l’échelle international:café, négociations de conditions favorables au développement des filières du Sud).
SÉANCE COTON
1. Situation du marché du coton et comment améliorer le revenu des producteurs
M. Didier Mercier, directeur général de la compagnie cotonnière française (COPACO) a expliqué les grandes caractéristiques du marché du coton. D’après son analyse, la production mondiale de fibre de coton de la campagne 2004/2005 devrait enregistrer une augmentation historique de 5,1 millions de tonne, soit une augmentation de 25,1% par rapport à la campagne précédente. Elle atteindra ainsi 25,91 millions de tonnes. Cette augmentation est attribuable à la Chine, aux Etats-Unis, au Pakistan et à l’Inde qui représentent à eux quatre plus des deux tiers de la production mondiale.
En effet, la Chine est le premier producteur mondial (6,32 millions de tonnes), suivi des Etats-Unis (5,03 millions), l’Inde (3,94 millions de tonnes) et du Pakistan (2,51 millions de tonnes). Avec la production du Brésil (1 390 000 tonnes), de l’Ouzbékistan (1 056 000 tonnes) et de la Turquie (900 000 tonnes), les sept premiers producteurs mondiaux détiennent plus de 80 % de la production totale.
M. Mercier a expliqué que l’essentiel des changements rapides intervenus dans la répartition de la consommation mondiale au profit des pays les plus compétitifs et notamment au profit de la Chine est du à l’entrée de la Chine dans l’OMC et la fin au 31 décembre 2004 de l’Accord multifibres (avec notamment la disparition totale des quotas d’exportation sur les produits textiles et les vêtements). Ainsi, la consommation mondiale pourrait augmenter de 8,1% soit 1,73 million de tonnes pour la campagne 2004/2005 avec une hausse de 1 100 000 tonnes en Chine, de 350 000 tonnes en Inde, de 150 000 tonnes au Pakistan, de 125 000 tonnes en Turquie et de 75 000 tonnes au Brésil. La baisse de la consommation se poursuit en revanche aux Etats-Unis et en Europe de l’Ouest.
M. Mercier a précisé que l’estimation des stocks mondiaux par le Comité Consultatif International du Coton (CCIC) indique que ces derniers connaîtront une augmentation de 2,88 millions de tonnes soit 8,1%.
M. Mercier a également indiqué que les échanges internationaux connaîtront une baisse de 338 000 tonnes cette année par rapport à la campagne précédente et atteindront 6,94 millions de tonnes, soit 26,8% de la production mondiale et 30,1% de la consommation mondiale. Avec 2,75 millions de tonnes exportées qui représentent 39,6 % des exportations mondiales et 54,7 % de leur production nationale, les Etats-Unis conservent de très loin le premier rang des pays exportateurs.
Le groupe des pays africains de la Zone Franc occupe à nouveau le deuxième rang des exportateurs, avec 780 000 tonnes exportées, devant l'Ouzbékistan (710 000 tonnes), le Brésil (400 000 tonnes) et l’Australie (374 000 tonnes).
Au niveau des importations, la Chine occupe la première place avec des importations nettes prévues à hauteur de 1 600 000 tonnes, suivie de loin par l’Indonésie (505 000 tonnes), la Turquie (625 000 tonnes), la Thaïlande (416 000 tonnes) et le Mexique (348 000 tonnes).
M. Mercier a expliqué ensuite que l’indice A moyen exprimé en Euro s’élève pour la campagne 2004/2005, à 863 euros la tonne contre 1272,95 euros pour la campagne 2003/2004, soit une baisse de 31,3%. Cette baisse dans certains pays serait largement imputable à la dépréciation du dollar.
En conclusion, pour la campagne 2005/2006. La production mondiale pourrait en effet s’élever à 23,2 millions de tonnes selon le CCIC, soit une diminution de 2,7 millions de tonnes par rapport à la campagne précédente (-10,3%). En raison de la faiblesse des cours du coton et du niveau élevé des cours du polyester, la consommation mondiale devrait à nouveau progresser (+ 560 000 tonnes) et atteindre 23,6 millions de tonnes toujours selon le CCIC (+ 2,4%), principalement en Chine avec plus de 500 000 tonnes.
Les stocks mondiaux devraient selon le CCIC légèrement diminuer (- 350 000 tonnes) et s’élever au 31 juillet 2006 à 10,34 millions de tonnes avec une nouvelle augmentation des stocks des Etats-Unis. Ceci pourrait malheureusement peser sur les cours. Les échanges internationaux devraient enregistrer une augmentation de 1 million de tonnes et s’élever à près de 8 millions de tonnes. Enfin pour ce qui concerne les cours, le CCIC estime que l’indice A (en fait l’indice A Far East) pourrait atteindre une moyenne de 57 cts/lb pour la campagne 2005/2006.
M. Mercier a rappelé que le Secrétariat du CCIC réuni à Mumbai a reconnut que le secteur du coton connaît des progrès de productivité combinés à des prix bas, ce qui a pour conséquence la baisse des revenus.
Selon M. Mercier, la campagne en cours 2004/2005 va en particulier affecter de nombreux petits producteurs, en particulier les filières africaines de la zone Franc. En effet, ces dernières sont gravement affectées par l’affaiblissement du dollar par rapport à l’euro et donc par rapport au Franc CFA, mais aussi par la baisse des cours, liée aux subventions à l’exportation pratiquées par certains pays et aux subventions à la production. Cette évolution montre que les producteurs doivent faire face à de nombreux problèmes tels que la volatilité des cours, les fluctuations des taux de change et l’utilisation des subventions par certains producteurs.
Face à tous ces défis, quelques pistes d’action ont été évoquées pour faire face à la crise de la filière coton: (1) Améliorer la qualité pour faire face à la concurrence du polyester et des fibres synthétiques- (2) Promotion de la fibre auprès des consommateurs par les labels- (3) Minimiser l’utilisation des pesticides pour réduire la facture des intrants- (4) renforcement de la capacité organisations nationales de producteurs de coton – (5) Respect des contrats de négoce international- (6) Promouvoir la transformation du coton dans les pays producteurs- (7) Améliorer le rendement et la qualité par l’appui aux intrants et aux équipements- (8) Constituer de fonds de stabilisation et d’assurance par des mécanismes appropriés et/ou avec l’aide des bailleurs des fonds nécessaire pour protéger des filières cotonnières compétitives, non subventionnées, constituées de petites exploitations familiales sans beaucoup d’alternatives.
2. Le point sur les négociations internationales sur le coton
M. Karim Hussein, Administrateur principal, chef d’unité «transformations de l’Agriculture et Développement Durable» du Secrétariat du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (CSAO) de l’OCDE, a expliqué l’importance de la culture du coton dans la sous région de l’Afrique de l’Ouest et du centre et les enjeux des négociations internationales sur le coton.
M. Hussein a dit que le coton est un bon exemple de succès dans le développement de l’agriculture de l’AOC car la culture du coton a eu des effets multiplicateurs sur l’agriculture (par exemple sur la production des céréales), sur les moyens d’existence et l’accès aux services des ménages, sur le développement économique des zones cotonnières et sur l’ensemble de l’économie des pays.
Environ 2 millions de petites exploitations agricoles familiales (de 3 à 10 hectares) produisent le coton sur une partie de leurs champs soit près de 16 millions de personnes qui dépendent directement ou indirectement de la culture du coton. Par ailleurs, la culture du coton représente également une source importante de devises: soit en 2003, 51% des recettes totales d’exportation pour le Burkina Faso, 37% pour le Bénin, 36% pour le Tchad et 25% pour le Mali.
M. Hussein a expliqué que les cours internationaux du coton fibre connaissent une baisse structurelle. En effet, lors de la campagne 2001/2002, le prix du coton sur le marché international (42 cents la livre) était tombé en dessous des coûts estimés de production pour les producteurs de l’AOC.
Selon M. Hussein, les causes de la fluctuation et la chute des cours sont multiples comme par exemple la concurrence entre le coton et les produits synthétiques, la baisse des rendements et les questions relatives à la qualité et à l’uniformité du coton ouest africaine. Toutefois, selon plusieurs analyses, l’excès de l’offre mondiale de coton, résultant principalement des mesures gouvernementales de soutien à la production dans les pays du Nord (et la chute des cours mondiaux associée à cette tendance), est l’un des facteurs clés à l’origine des pertes importantes de recettes pour les producteurs de l’AOC.
C’est ce dernier constat qui a amené quatre pays de l’AOC (Bénin, Burkina Faso, Mali et Tchad) à lancer une initiative en faveur du coton en 2003 auprès de l’OMC. Ce sont les organisations de producteurs qui ont été les premiers à prendre l’initiative de cette action relayée ensuite par les Etats. En effet, suite à la baisse de leurs revenus, les producteurs de coton au travers de leurs organisations (Union nationale des Producteurs de Coton du Burkina –Faso (UNPCB), et le Réseau des Organisations Paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA)) ont tiré la sonnette d’alarme sur l’impact des subventions à l’exportation en 2001. Cet appel a été entendue par les ONGs internationales qui se jointes en 2002-2003: OXFAM, IDEAS Centre, ENDA-Tiers-Monde, Centre International pour le Commerce et le Développement Durable (ICTSD). Cet appel a reçu l’appui des égreneurs du secteur privé, suivi de l’appui politique des chefs d’Etat et des ambassadeurs à Genève en 2003. Finalement, l’Initiative a été appuyée et validée en 2003 par les organisations régionales (UEMOA, CEDEAO et l’Union Africaine (UA)) les Pays Afrique Caraïbe Pacifique (ACP) et les Pays les Moins Avancés (PMA) à l’OMC en juin 2003.
M. Hussein a expliqué que malgré cette forte mobilisation, l’Initiative coton n’a pas eu gain de cause lors de la Ministérielle de Cancun en décembre 2003. Cependant, les Etats membres de l’OMC ont demandé au Secrétariat de l’OMC d’organiser un atelier régional africain sur les dimensions développement du coton à Cotonou (Bénin) en mars 2004 afin d’identifier les possibilités et le cadre approprié d’une assistance technique et financière pour le sous-secteur. En outre, l’Union européenne (UE) a organisé un Forum Union Européenne-Afrique sur le coton en juillet 2004 afin de mettre en place un partenariat UE-Afrique sur les aspects commerce et développement liés au coton. Un Plan d’action a été proposé à l’issue de ce Forum. Enfin, le Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE, a organisé une réunion d’échange sur les dimensions développement du coton africain, le 28 janvier 2005 avec l’appui du Secrétariat du CSAO en vue de trouver une issue à la crise du sous-secteur coton en AOC, et pour encourager une meilleure coordination entre les partenaires au développement.
En conclusion, M.r Hussein a insisté sur le rôle joué par le CSAO en créant un espace de dialogue et d’échanges informés entre les pays de l’OCDE et les pays concernés de l’AOC, posant des questions stratégiques et mettant en avant les perspectives africaines.
Au cours de la discussion qui a suivi la présentation de M. Hussein, à l’instar des autres discussions, il ressort qu’il est nécessaire d’appuyer les organisations de producteurs en matière d’accès à l’information, à la formation des responsables des organisations paysannes en matière de problématique internationale et à la recherche d’alliances stratégiques aux niveaux national, régional et international. Le constat a été que très peu de producteurs à l’heure actuelle dans les pays en développement ont accès à ces outils. Enfin, un point également important a été soulevé sur la difficulté à identifier des solutions durables face à la baisse des revenus des producteurs dans un contexte de libéralisation.
DIALOGUE SUR LA SITUATION DES PRODUCTEURS – TABLE RONDE AVEC DES DIRIGEANTS AGRICOLES
Afin de donner la parole aux représentants des organisations paysannes, la FIPA a organisé « un dialogue sur la situation des producteurs » en collaboration avec les agri-agences IVA, AFDI et Agriterra. Dix dirigeants agricoles des pays en développement et des pays développés ont participé à cette table ronde qui avait pour principal objectif d’échanger les expériences des uns et des autres sur d’une part les aspects socio économiques de leur activité, les contraintes du marché mondial et les stratégies partenariales qu’ils ont pu ou souhaiteraient développer entre pays et entre producteurs. Les exemples des filières du café, coton, banane et sucre ont été présentées au cours de cette table ronde.
M. Jagannath Sami, directeur exécutif de Sugar Cane Growers Council (SCGC) de Fidji a pris la parole en premier pour expliquer que la monoculture d’exportation de la canne à sucre représente 8% du PIB du pays, 25% des exportations totales, et occupe 46 000 employés soit ¼ de la population de l’île sur 180 000 hectares exploités pour une production de 3 000 000 tonnes.
Il a également expliqué que la contrainte majeure des producteurs de canne à sucre de Fidji est la reforme du protocole sucre de l’UE qui va entre autre chose réduire le prix garanti reçu par les producteurs à partir de 2008. Mr. Jagannath Sami a dit que cette réforme pourrait entraîner la disparition de 90% des petits producteurs, c’est pourquoi Fidji aurait besoin d’un soutien financier de l’UE pour accompagner la restructuration de son industrie sucrière. En conclusion, monsieur Jagannath Sami a dit qu’à défaut de conserver le protocole sucre tel quel, le maintien des niveaux de droits de douane « suffisamment élevés» aux portes de l’Union européenne, pourrait permettre la sauvegarde du sucre fidjien dont les producteurs sont pénalisés par des coûts de transport très élevés pour atteindre le marché européen.
Ensuite, M. Zoro Bouragui, producteur de coton au Bénin et membre du ROPPA a expliqué que l’exploitation familiale est largement dominante au Bénin, et dans toute l’AOC, y compris dans la zone cotonnière. Il a dit que lui –même par exemple produisait certes du coton mais également du maïs, du niébé et possédait également un élevage bovin.
Le coton au bénin représente selon M. Zoro Bouragui, une production de 418 000 tonnes avec 80 milliards de FCFA de recettes et 29 milliards de crédit intrants. Au delà de sa seule dimension économique, la filière coton revêt des dimensions sociales considérables puisque plus de 2 millions de personnes vivent directement ou indirectement du coton. Cette filière s’est progressivement réorganisée avec le transfert de la gestion de la filière aux producteurs. C’est autour de l’exploitation familiale que les producteurs se sont organisés, tant au niveau des Groupements Villageois (GV) qu’à celui de la Fédération des Unions de producteurs du Bénin (FUPROP) créée en 1994.
M. Zoro Bouragui a rappelé que la principale contrainte des producteurs de coton est liée au prix. Ainsi pour la dernière campagne (2004-2005), le prix au producteur a été fixé à 190 FCFA/kg alors que le coût de production est de 210 FCFA. En conclusion, il a dit que l’information aux agriculteurs est une nécessité et que les organisations paysannes devraient se renforcer au niveau national et international.
M. Singh, vice-président de l’Institut National Agricole de New-Delhi, a ensuite pris la parole pour expliquer que la production de coton en Inde fait vivre 60 millions de personnes sur de petites exploitations d’une surface moyenne de 2 hectares. 60% de la superficie plantée est pluviale. L’une des particularités de la culture cotonnière en Inde est qu’elle affiche, avec une moyenne de 374 kg/ha, soit 1/3 du rendement de la Chine, le rendement le plus faible au monde et un coton de qualité médiocre. Le progrès technologique reste donc l’un des principaux défis des producteurs de coton indiens qui pourraient bénéficier d’une industrie textile en expansion. Cependant, une des principales contraintes du secteur demeure l’analphabétisme des producteurs et leur faible niveau d’organisation. Enfin, pour M. Singh, la libéralisation des échanges dans le cadre de l’OMC est à la fois un défi et une opportunité pour les producteurs indiens. Une opportunité seulement si la qualité do coton est améliorée.
M. Joaquim Vasquez, président de l’Union régionale des Organisations paysannes du littoral (Urocal) en équateur et producteur de banane a expliqué que la banane est en Equateur la deuxième ressource du pays faisant vivre directement et indirectement 2 millions de personnes. Près de 6000 producteurs, depuis des «petits» (exploitation de 1 à 10 hectares) jusqu’aux «gros exploitants» (+ de 100 hectares), exploitent 160 000 hectares de terre. Environ 4 millions de tonnes ont été exportées lors de la campagne 2004.
M. Joaquim Vasquez a dit qu’une des contraintes auxquelles les producteurs de banane sont confrontés à l’échelle internationale est d’une part, le poids des firmes multinationales qui prive le producteur de l’accès aux marchés et d’autre part le niveau élevé de droits de douane aux frontières de l’UE. Enfin, pour M. Vasquez, le renforcement des organisations paysannes ainsi que la mise en place d’un dialogue permanent entre les différents acteurs de la filière banane sont une nécessité.
M. Mathias N’Goan président de l’Association nationale des Organisations Professionnelles Agricoles de Côte d’Ivoire (ANOPACI), président du groupe des produits tropicaux de la FIPA et producteur de banane a expliqué que la banane en Cote d’Ivoire est produite en association avec l’ananas. Ces deux productions représentent 1,5 à 2% du PIB. Concernant la banane, 250 à 300 000 tonnes sont produites annuellement. Au milieu des années 1990 il y avait environ 80 exploitants et aujourd’hui, les plus petits planteurs ont disparu et les gros ont récupéré les tonnages. M. N’Goan a insisté sur le fait que les deux défis majeurs des producteurs de banane ivoirien sont d’une part la dévaluation du dollar et, d’autre part, la prochaine libéralisation en 2006 du marché européen. Cette libéralisation aura pour principale conséquence une forte concurrence entre la banane africaine et celle en provenance des pays de l’Amérique Latine. C’est pourquoi, M. N’Goan pense qu’il est nécessaire d’organiser une consultation entre producteurs africains et latino-américains pour éviter des divisions et dissensions entre les agriculteurs du monde.
La filière du café a été présentée par Monsieur Jack Bigirwa, président de NUCAFE en Ouganda, qui a expliqué que le café en Ouganda était souvent produit en association avec d’autres cultures vivrières comme le maïs ou la banane. La principale variété de café produite dans les zones montagneuses de l’ouest de l’Ouganda est le robusta sur de petites exploitations comportant entre 300 et 400 arbres. Ces producteurs sont structurés en petits groupements au niveau local.
L’Ouganda est le premier producteur de café africain. Malgré cette position, les producteurs de café ougandais rencontrent de nombreuses difficultés telles que la fluctuation des devises, le dysfonctionnement de la chaîne de commercialisation nationale et celui de l’accès à l’information du marché pour les producteurs. Par ailleurs l’accès aux crédits reste très limité pour ces producteurs. Le principal message de Mr. Bigirwa au cours de ce dialogue est de promouvoir l’organisation paysanne et de renforcer sa capacité.
Toujours concernant la filière du café, M. Lorenzo Castillo, secrétaire exécutif de Junta del Cafe (JNC) du Pérou a dit que la culture du café au Pérou s’étend sur une surface de 300 000 hectares. 97% des exploitations qui produisent le café font moins de 5 hectares et, en moyenne, chaque producteur exploite 2 hectares de terre. On estime que 2 millions de Péruviens travaillent dans le secteur du café. La JNC par exemple est un groupement de petits producteurs et de coopératives de café qui regroupe 36 000 familles.
M. Lorenzo Castillo a expliqué que le rendement moyen du café au Pérou est de 697 kg/ha et le coût de production est estimé à 1,4 $/kg alors que le producteur est payé 97 cents US par kg de café. En 2004, 3,183 millions de sacs ont été exportés vers 37 pays dont 70% vers l’Europe. L’exportation de café représente 7% du PIB du Pérou et 25% des exportations agricoles.
Les recommandations de M. Castillo rejoignent celles des intervenants précédents à savoir qu’il faudrait une alliance entre les agriculteurs du Nord et du Sud et il faudrait renforcer les organisations paysannes en tant qu’entreprises économiques mais aussi en tant que groupes de lobbying auprès des gouvernements. Pour M. Castillo, les producteurs de café doivent faire face aux trois grands défis suivants : (1) l’amélioration de la qualité et l’importance croissante des normes de qualité, (2) la diversification, et (3) la promotion de la consommation interne.
Ensuite d’autres représentants de producteurs ont pris la parole pour réagir aux interventions précédentes. Mme Caroline Trapp, présidente de la confédération des agriculteurs suédois (LRF) de Suède et présidente du comité de coopération pour le développement (CCD) de la FIPA, a dit que les marchés internationaux fonctionnent de manière très complexe et les situations des producteurs sont très variables selon les pays considérés, si bien que la libéralisation peut être à l’origine des difficultés rencontrées tout comme elle peut être dans d’autres cas la solution aux problèmes.
Au niveau des organisations professionnelles agricoles il paraît déterminant de chercher à s’organiser pour négocier les prix avec le secteur de la transformation et/ou se doter de ses propres outils industriels. Pour Mme Caroline Trapp les problèmes que vivent les producteurs du Nord sont également complexes à savoir mesures de libéralisation de l’U.E, fluctuation des devises, faible organisation des producteurs, …et pour certains d’autres eux, dont notamment en Suède, l’agriculture est dominée par de nombreux petits exploitants agricoles. En se basant sur sa propre expérience, Mme Trapp a donné les conseils suivants aux producteurs du Sud: (1) s’organiser ; (2) négocier les prix ; (3) penser à une stratégie des industries de transformation ; (4) penser à des alternatives de la gestion de l’offre comme le font les producteurs canadiens.
Le message final de Mme Trapp est qu’il faut une mondialisation avec des mesures de correction et un devoir pour les gouvernements de proposer aux organisations paysannes un environnement national et international favorables.
M. Renouard, membre du bureau de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) en France a expliqué que dans le contexte actuel de la mondialisation, les solutions simples sont difficiles à identifier. Cependant, un principe fondamental doit être satisfait pour tous les producteurs du monde en leur assurant un revenu décent.
M. Renouard a ajouté que l’on n’échappera pas à une réflexion sur la gestion de l’offre, sur la régulation mondiale des échanges et les moyens de procéder à une vraie augmentation de l’aide publique au développement. Il a ensuite expliqué que le droit à l’agriculture est un droit à l’économie. La vraie réflexion devrait être comment éviter la surproduction chronique et la gestion par des crises. Chaque pays devrait jouir du droit de produire, de commercer et de consommer local. C’est à ce niveau que la régulation des échanges est une nécessité si l’on veut réduire l’écart entre les riches et les pauvres.
M. Renouard a dit que la mise en place de politiques agricoles était un droit pour tous les producteurs du monde. Par ailleurs, il est nécessaire de renforcer les organisations paysannes au Sud et de mener une réflexion professionnelle pour envisager, ensemble, des mécanismes de régulation des marchés.
M. Renouard pense que la politique agricole commune (PAC) de l’UE a favorisé à la fois le consommateur et le producteur, cela devrait être un droit également dans les autres régions. En conclusion, M. Renouard a dit que les organisations paysannes professionnelles bien structurées qui relayent les gouvernements sur le terrain doivent émerger. Face à l’urgence de réguler la mondialisation, il faut développer une capacité de résistance, bref une syndicalisation internationale du monde.
M. Noël Devish, président du Boerenbond, Belgique a pris la parole et a expliqué que pour ce qui concerne dans le cas de la banane, c’est un vrai problème qui repose sur l’organisation des producteurs. Quant au café, une des solutions serait de pratiquer le commerce équitable à plus grande échelle. Enfin, M. Devish pense qu’il est nécessaire d’appuyer les organisations paysannes du Sud et cette aide à l’organisation est un élément essentiel en tant que mesure corrective à la mondialisation. Il a ajouté que les exploitations agricoles, dans le monde, manquent de connaissance et d’information sur les marchés. L’échange d’information est selon lui, un axe important à développer. Par ailleurs. M. Devish a rappelé qu’à la création du Boerenbond, la situation des agriculteurs de la Belgique était semblable à celle connue actuellement par les pays du Sud.
M. Bill Helj de «Red river sugar beat growers association » des Etats-Unis et président de l’Association Mondiale des Planteurs de Betterave et de canne à sucre (AMPBCS) de la FIPA a également réagit aux différentes interventions. Il a expliqué que les producteurs américains avaient vécu la même situation que les pays en développement. Mais ces derniers d’après lui sont parvenus à créer des usines et des circuits financiers propres aux agriculteurs. Il a ensuite dit que les producteurs ne doivent pas se contenter de l’OMC, mais plutôt construire une solidarité internationale autour de leurs problèmes.
M. Philip Kiriro, président d’East African Farmers Federation (EAFF) du Kenya et vice président du comité de coopération pour le développement de la FIPA, a exprimé son inquiétude face à l’appui politique considérable qu’ont les cartels. Par ailleurs, il a tiré l’attention de l’audience sur le faible impact des programmes de l’UE sur le terrain et a plaidé pour des liens clairs et directs avec les différents partenaires au développement.
La table ronde a montré la diversité des situations selon les spécificités agricoles des pays concernés. Malgré les différentes positions, les dirigeants agricoles présents ont réussi à présenter un constat consensuel sur la nécessité de renforcer la capacité des organisations paysannes dans les pays en développement, de renforcer les relations entre les organisations paysannes des pays en développement et des pays développés et enfin de «pousser» les Etats et les organisations internationales à mettre en place des mécanismes permettant «un commerce plus équitable» sur les marchés.
Pour la FIPA, cette table ronde a été l’occasion encore une fois de jouer un rôle de plateforme d’échange d’expériences entre les producteurs des pays en développement et ceux des pays développés et à ce titre, ce genre d’initiative devrait se reproduire et s’étendre aux autres groupes de produits.



