Conférence de la FIPA sur les produits |
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Groupe des produits laitiers |
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Bruges, Belgique 20 avril 2005 |
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Rapport final |
Ouverture de la session
La session a été ouverte par M. Bernard Airieau, président du groupe FIPA des produits laitiers. M. Peter Broeckx, vice président de la Boerenbond belge, a ensuite offert des mots de bienvenue aux participants.
Vue d’ensemble des problèmes clés de l’industrie laitière mondiale
M. Jim Begg, président de la Fédération Internationale de la Laiterie (FIL), a présenté le travail de son organisation. La FIL compte quarante pays membres à travers le monde qui représentent à eux seuls près de 75% de la production laitière mondiale.
Les activités de la FIL touchent à chaque aspect de la filière laitière, tels les pratiques d’exploitation; le développement d’une technologie laitière à la ferme; la sécurité et les normes sanitaires; la gestion et l’analyse du risque; la santé et la sécurité sanitaire; l’analyse et l’échantillonnage; la traçabilité; les contaminants; l’assurance ainsi que toute une série d’autres questions d’importance scientifique et économique pour l’industrie laitière--y compris la nutrition, qui reste à l’heure actuelle le sujet auquel le secteur accorde la plus grande attention au niveau international.
M. Begg a décrit le rôle très important que joue la FIL en tant que source reconnue d’information scientifique et commerciale auprès du nombre important d’organisations internationales qui fixent les normes juridiques afférentes au lait et aux produits laitiers. En effet, la FIL jouit de rapports officiels avec la Commission du CODEX Alimentarius; l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE); la FAO ; l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS); et l’Organisation Mondiale des Douanes (WCO). Elle s’en sert pour défendre au mieux les intérêts des producteurs laitiers en tant que fournisseurs d’aliments sains et riches en valeur nutritionnelle nécessaires à la santé des populations.
La FIL réunit régulièrement des experts en économie et en politiques laitières et ceux des organisations mondiales de statistiques les plus réputées, telles l’Eurostat, l’OCDE, l’Institut de recherche sur les politiques agricoles et d’alimentation (Food and Agriculture Policy Research Institute (FAPRI)) et l’institut central d’analyse des marchés et des prix (Zentrale Markt- und Preisberichtstelle für Erzeugnisse, ZMP) en Allemagne afin d’analyser, d’étudier et débattre des questions liées aux négociations commerciales multilatérales.
Dans le domaine du marketing, les experts de la FIL mettent en place des stratégies pour la défense des produits laitiers vis-à-vis les concurrents industriels qui cherchent à diminuer le rôle du lait en faveur d’autres produits alimentaires de moindre valeur nutritionnelle.
Depuis son élection au poste de président de la FIL l’an dernier, M. Begg cherche à développer la FIL au niveau des activités de production sur la ferme en vue de consolider sa position en tant qu’entité mondiale le plus intégrée au niveau mondiale dans la chaîne de production laitière.
C’est pourquoi la FIL a développé un nouveau programme de travail sur les activités à la ferme au travers de deux comités: un sur la Santé Animale, chargé des questions telles que la mastite; l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB); les programmes nationaux pour le contrôle et l’éradication de la para-tuberculose; l’harmonisation des systèmes de surveillance épidémiologique; la certification sanitaire d’exportation; et le Code de santé animale de l’OIE.
Le Comité permanent sur la gestion des exploitations travaille sur les pratiques de production laitière à la ferme, y compris les questions d’équipement et de technologie, les systèmes et modalités de paiement, les conditions de travail dans les fermes laitières, et la durabilité. Pour assurer le succès de la réalisation de ces activités, il est nécessaire d’améliorer la participation des agriculteurs dans ces domaines, gardant présent à l’esprit le fait que 75% des producteurs de lait dans le monde se trouvent dans les pays membres de la FIL.
M. Begg a expliqué que son analyse de la situation laitière mondiale est basée sur les données compilées par Erhart Rickarts de la ZMP (tirées d’une enquête menée auprès des membres de la FIL), la Rabobank, et l’OCDE. Malgré quelques statistiques contestables, la situation de la production mondiale de lait dans son ensemble s’avère positive et offre des perspectives de croissance annuelle de 1,5% par an, surtout en Océanie, aux USA, et en Argentine. La position de l’UE reste incertaine compte tenu de la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC); certains pays risquent de ne pas remplir leurs quotas.
La demande de produits laitiers est également positive, avec un taux de croissance annuel estimé à 2,5% par an d’ici l’an 2010, dû surtout au relèvement du revenu et à la croissance démographique du monde en développement tel qu’on le constate en Chine, par exemple. Cette croissance est particulièrement due au lait liquide, aux produits frais, et aux produits composés de lait entier. Le marché du fromage aura un essor moindre puisque 80% de la consommation de fromage a lieu déjà sur les marchés des pays développés alors que la Chine ne représente que 0,1% de la consommation mondiale de ce produit. Dans ces conditions, même une hausse spectaculaire de la demande ne sera pas visible à l’échelle mondiale. L’inquiétude exprimée a trait plutôt à la demande de lait écrémé en poudre. En fait, le chiffre de la ZMP prévoit un taux de croissance annuel de 3,5% alors que les chiffres provenant d’autres sources sont inférieurs.
En ce qui concerne les prix, M.Begg a dit que ces derniers étaient particulièrement mauvais aux Etats-Unis. Il a ajouté que les perspectives d’avenir pourraient toutefois s’avérer positives si l’offre mondiale croît à un taux de 1,5% l’an, et si la demande s’élève à un taux annuel de 2,5%. Il ne reste pas moins vrai, cela étant, que deux facteurs auront un poids déterminant sur l’évolution des prix: (1) la capacité des agriculteurs et de l’industrie de la transformation et du traitement à transmettre leurs coûts en aval, le long de la chaîne de l’offre et jusqu’aux pointes de vente au détail; et (2) l’ouverture commerciale réelle des marchés laitiers, ainsi que le résultat du programme de subventions aux exportations de l’UE en cas de baisse du prix mondial.
Pour ce qui est des échanges, M.Begg a signalé que seul 7% de la production mondiale fait l’objet de transactions commerciales. Or, cette statistique représente 22% des produits laitiers non-périssables. L’UE ne réussira pas à capter la croissance éventuelle des échanges internationaux et ne pourra tirer profit de la hausse de la demande mondiale tant que le système des quotas restera en vigueur.
Il a rajouté que la concurrence effrénée du secteur laitier est telle que la valeur réelle du lait n’augmentera que par le biais d’importants investissements, que ce soit sur le plan de l’efficacité, de l’innovation du produit, ou des économies d’échelle.
M. Begg a mis en exergue deux questions qui préoccupent les agriculteurs. La première a trait à l’image des agriculteurs et des activités agricoles aux yeux des consommateurs. Si les agriculteurs veulent que le gouvernement prenne des décisions susceptibles d’améliorer leur rentabilité, a-t-il averti, alors il faudrait qu’ils mettent continuellement en avant les avantages publics que leurs activités procurent aux consommateurs.
La deuxième inquiétude est liée à l’image du produit lui-même. “Jusqu’à présent, universellement, nous faisons la promotion de nos produits en mettant l’accent sur leurs caractéristiques nutritionnels, et non pas sur le plaisir que l’on peut avoir à les consommer,” a déclaré M. Begg. Il est nécessaire de communiquer aux consommateurs le bon message sur les produits laitiers. La FIL travaille sur un projet qui viserait à tester la faisabilité de communiquer un message universel sur le lait pour mieux faire comprendre les avantages des produits laitiers à l’échelle mondiale.
M. Begg a alors signalé les deux grands défis que le secteur devra relever: le pouvoir multiple des acteurs de la vente au détail, et la distribution des marges en aval de la chaîne de l’offre. Il a rajouté que l’industrie de la transformation et du traitement représente encore un obstacle énorme que les agriculteurs de la laiterie doivent surmonter; certains en sont même à parler de concurrence déloyale. L’on assiste toutefois à plusieurs tentatives afin de trouver des solutions avec notamment l’utilisation sous différentes formes des codes de pratique.
M. Begg a démontré l’importance croissante des normes commerciales suite à la globalisation de l’industrie alimentaire, les consommateurs des principaux pays importateurs étant évidemment ceux qui sont soumis aux risques les plus considérables. De même, là où la responsabilité et le coût du contrôle épidémiologique retombe sur les contribuables, les décisions politiques tendent à aller à l’encontre de la communauté agricole.
En guise de conclusion, M. Begg a insisté auprès des agriculteurs de cette filière sur la nécessité d’adopter une approche globale qui maintienne les normes les plus élevées possible de production alimentaire, depuis les exploitations jusqu’aux usines – normes crédibles qui ne constitueront pas de barrières aux échanges. Il leur faut également s’assurer que les Meilleures Pratiques soient implantées partout au niveau mondial. Les pays développés devront apporter leur aide en ce sens à ceux dont le besoin de relèvement des normes se fait sentir le plus.
Développements politiques récents du secteur laitier
M. Mickael Lambert du comité des organisations professionnelles Agricoles de l’Union Européenne (COPA) a expliqué que la réforme de la PAC en 2003 présentait deux aspects dans le secteur laitier :1) la réduction des prix de soutien et 2) la réforme du secteur laitier. Cette réforme a deux grands volets - d’une part le prolongement du régime des quotas jusqu’à 2014/2015 et d’autre part la mise en œuvre du découplage par les états membres étalée de janvier 2005 à 2007. Par ailleurs, cette réforme introduit l’éco-conditionalité, qui consiste à bénéficier de l’aide sous condition : santé animale, modulation des paiements, et environnement.
M. Lambert a dit que l’Union Européenne (UE) exporte 10% de sa production et l’équilibre entre l’offre et la demande d’une part et l’augmentation de la consommation de lait dans l’UE à 25 d’autre part sont des facteurs importants jouant sur les prix. Cependant, d’autres facteurs entrent en jeu dont notamment les importants excédents. Selon M. Lambert, les restitutions doivent être maintenues sinon il y aura une baisse de la compétitivité et une baisse des revenus des producteurs.
Monsieur Lambert a expliqué que le nombre d’exploitations est en baisse de 7%, et que l’on observe une concentration des industries, notamment en Suède. Ainsi une des conséquences de la réforme pourrait être la concentration de la production de lait dans les zones avantagées.
M. Lambert pense qu’il va falloir introduire une souplesse pour les quotas. Il a également expliqué que la mise en œuvre des paiements découplés est différente selon les pays. En Allemagne et en Grande Bretagne par exemple, le découplage est régional et en outre en Grande Bretagne les plus gros agriculteurs vont avoir une baisse importante des aides directes.
Mr. Lambert a expliqué qu’un autre facteur important est le cycle des négociations de Doha. Le COPA défend la position de la PAC à l’OMC car la baisse des restitutions ne doit pas être trop rapide afin d’éviter une baisse trop importante des revenus. Par ailleurs, face à une plus grande compétitivité, les producteurs, les coopératives et les agriculteurs doivent travailler ensemble pour augmenter la valeur ajoutée du lait.
A la question de savoir s’il fallait des réformes supplémentaires, Mr Lambert a répondu que cela semblait peu probable face à la réticence de certains grands pays (Allemagne et Grande Bretagne) à augmenter le budget agricole de la commission européenne.
Le représentant de l’Union Nationale des Producteurs (NFU) des États‑Unis a fait état de la tendance principale des produits laitiers aux USA sur la période entre 2003 et le début de 2005. Au mois de février 2005, les 23 états agricoles les plus importants ont produit un total de 12,24 milliards de livres, en hausse de 2,8% par rapport au même mois en 2004. Le nombre de vaches laitières est resté relativement inchangé en 2004 comparé à 2003. En moyenne, les Etats-Unis ont compté 9 millions de têtes de bétail en 2003 et en 2004. Pour ce qui est des 23 principaux états laitiers, le nombre de vaches laitières a augmenté de 23,000 têtes en février de cette année par rapport à 2004. Dans l’ensemble, les prix de produits laitiers ont été en hausse comparés à ceux de l’an dernier.
Malgré les augmentations de production laitière, les stocks de lait allégé sec sont montés à 90,8 millions de livres en janvier 2005, 18 millions de livres en deçà du niveau enregistré en janvier 2004. Au cours de l’année 2004, la production de lait allégé sec aux Etats -Unis était en baisse de 11,2 % par rapport à l’année précédente. De janvier à novembre 2004, les exportations américaines de lait allégé sec se sont chiffrées aux alentours de 195,000 tonnes métriques, soit une hausse de 89 %. Le Département américain de l’Agriculture (USDA) estime qu’à la fin de l’exercice en cours (au 30 septembre, 2005), la Corporation de crédit pour les produits de base de l’USDA, [Commodity Credit Corporation (CCC)] comptera 100 millions de livres excédentaires de lait allégé sec. Ce niveau est bien inférieur au montant des stocks détenus par le CCC au 30 septembre 2003 qui frôlait les 1,2 milliards de livres en surplus.
Le projet de loi “Milk Import Tariff Equity Act” (MITEA) a été réintroduit à la Chambre des Députés (House of Representatives). Désigné comme H.R. 521, le texte compte déjà un appui de 69 députés des deux parties politiques. Ladite loi imposerait des quotas tarifaires sur les importations de concentré de protéine de lait et de caséine. L’on s’attend sous peu à l’introduction au Sénat d’un projet de loi analogue au projet H.R. 52.
Le représentant de la NFU a expliqué que le programme “Milk Income Loss Contract” (MILC) devra être présenté au Sénat américain pour sa prorogation. Actuellement, le programme doit prendre fin en septembre 2005, mais le projet de loi y rajouterait deux ans supplémentaires; la fin coïnciderait alors avec l’échéance de la Loi Agricole de 2002. La loi changerait les conditions d’éligibilité du programme MILC en augmentant la limite maximum du volume de production de lait couvert par les paiements directs. Dans son état actuel, le programme permet 2,4 millions de livres; la législation prévoit un doublement de la limite maximum à 4,8 millions de livres. Une loi semblable serait soumise à la Chambre des Députés.
Le représentant de la fédération australienne des producteurs de lait (ADFF), a indiqué que la production laitière en Australie en 2004 était de 10 milliards de litres, ce qui représente une légère baisse par rapport à l’année précédente due principalement à la sécheresse qui a fait de gros ravages surtout dans le Nord du pays. Il a ajouté que la Nouvelle-Zélande a également enregistré une baisse de 5% suite à la sécheresse qui a touché toute la région.
Le représentant d’ADFF a expliqué que le gouvernement australien a procédé à une déréglementation de l’industrie laitière. En 1986, le gouvernement australien a décidé une élimination du soutien étalée sur 8 ans. En 1993 toute l’Australie a souscrit une politique de concurrence, mais la réglementation avait un impact négatif. Les organisations agricoles étaient d’accord pour déréguler le secteur laitier et certains agriculteurs ont effectué de lourds investissements pour se restructurer et faire face au marché. Cependant de nombreux exploitants ont du quitter la filière agricole face à la concurrence. Aujourd’hui l’on compte 10 000 exploitations. Il y a une réduction de la production, toutefois depuis la dérégulation, le rendement par exploitation a augmenté. Le représentant d’ADFF a conclu que l’expérience australienne montre que les exploitants peuvent s’adapter si les signaux donnés sont cohérents et s’ils sont unis face aux gouvernements.
Madame Sarala Gopalan de l’Institut national de l’agriculture en Inde, a expliqué que l’Inde est passée en 50 ans, du statut de plus gros importateur mondial de lait, au plus gros exportateur (90 millions de tonnes). De 1970 à 1996, l’Inde a mis en place l’opération «Abondance». Pour Madame Gopalan, cette évolution est en grande partie due au développement de l’industrie laitière et du monde rural (infrastructures routiers notamment). L’industrie laitière est composée de petits producteurs qui vendent désormais sur les marchés. Cela a eu également pour conséquence, le développement des communautés et le développement du travail des femmes qui représentent 75% des producteurs de lait.
En 1991, la réforme de la restructuration du lait et des produits laitiers a été rejetée. En 2002, l’octroi de licences qui limitaient l’implantation des unités privées de production laitière dans les zones réservées aux coopératives a été supprimé. Les investissements ont augmenté en conséquence. Cependant, beaucoup d’indiens sont encore en dessous du seuil de pauvreté. Seulement 7% du lait est transformé et les exploitations sont très petites (2 à 3 vaches).
Madame Gopalan a précisé que la principale stratégie de l’Inde est axée sur l’expansion des infrastructures et la conservation de la race indigène. Par ailleurs, l’Inde investit dans la recherche et la génétique: amélioration des races et des capacités, ainsi que des embryons pour les nouvelles souches génétiques. L’Inde compte aujourd’hui 280 millions de bétail, mais le problème de la qualité de l’eau reste important. Cependant les services vétérinaires s’améliorent et il y a moins de maladies (fièvre aphteuse;ESB). Par ailleurs, il y a eu la création d’unités de fabrication de produits pharmaceutiques pour animaux et l’amélioration des coopératives, qui s’intéressent au secteur privé. Ainsi, 15% des entreprises laitières mondiales se trouvent en Inde.
Est-ce que la gestion de l’offre représente encore l’instrument de réglementation le plus approprié pour la filière laitière?
M. Daniel-Mercier Gouin, professeur à l’Université Laval au Canada, a présenté une étude sur le système de gestion de l’offre de l’industrie laitière dans ce pays. Il a souligné que le contexte actuel d’ouverture des marchés et la mise en question des instruments d’intervention étatique dans l’agriculture sont autant de facteurs qui mettent en cause le cadre de régulation du secteur laitier qui repose sur la gestion de l’offre telle qu’elle est pratiquée au Canada. La recherche dont fait état ce rapport s’efforce donc à analyser les divers modes de réglementation possible du secteur laitier, et à en tirer des conclusions éventuelles pour ce qui est des avantages et des inconvénients représentés.
Après avoir passé en revue la performance comparative des systèmes de réglementation laitière existants dans les principales économies développées, M. Daniel-Mercier Gouin a conclu que c’est encore le système canadien de gestion de l’offre qui stabilise le mieux les prix à la production à un niveau généralement plus élevé qu’ailleurs. Paradoxalement, c’est dans les pays où la gestion de l’offre est pratiquée--à savoir le Canada, la France, et les Pays-Bas--que les prix à la consommation ont augmenté le moins pendant toute la période analysée et ont pu bénéficier ainsi les consommateurs de produits laitiers. Après la Nouvelle Zélande, le Canada offre les coûts budgétaires les plus bas par tonne de lait produit, tout en protégeant le mieux les recettes des agriculteurs du secteur laitier sans pour autant entraîner des coûts relatifs élevés pour le consommateur.
L’étude de M. Gouin examine également la possibilité qu’un marché libre suffise pour apporter la réglementation voulue, question évoquée dans le cadre plus vaste des particularités économiques du secteur agricole. Historiquement, et encore aujourd’hui, ce sont elles qui avaient justifié l’appui de l’Etat à l’agriculture en général et au secteur laitier en particulier.
Pour conclure, M. Gouin a démontré par son analyse que la gestion de l’offre dans le secteur laitier demeure un outil de réglementation pertinent, tout du moins dans le contexte canadien étant donnée la façon dont il est appliqué dans ce pays.
Bonnes pratiques de production de la viande, normes de l’OIE, et règles commerciales de l’OMC
Dr Jean-Luc Angot, de l’organisation mondiale de la santé animale (OIE) a expliqué le rôle de son organisation et ses principales activités. Ainsi, l’OIE est en charge de la sécurité alimentaire, assure la transparence de la santé animale mondiale, analyse et distribue l’information, et a mis en place un guide des bonnes pratiques à la ferme. Crée en 1924 suite à l’introduction de la peste bovine à Anvers en provenance de l’Asie, l’OIE est actuellement présent dans 167 pays sur chacun des continents. Un expert scientifique est présent dans chacun de ces pays.
Dr. Angot a dit que les objectifs de solidarité internationale sont mis en place dans les pays en voie de développement. Il s’agit de créer un bon réseau de surveillance (personne et moyen), et de développer les services vétérinaires dans ces pays afin d’offrir une sécurité sanitaire des aliments et le bien être animal. La transparence est un bon outil commercial, a précisé Dr. Angot.
Ensuite, Dr. Angot a expliqué que chaque pays paie une cotisation, ainsi qu’une contribution volontaire. L’OIE travaille avec le CODEX alimentarius, la FAO, le Comité de la production porcine (PPC), la fédération internationale de la laiterie (FIL), la Fédération Internationale pour la Santé Animale (IFAH)…et des ONG internationales. Actuellement, la génétique est abordée avec l’analyse de risque à l’exportation (zonage, certificat sanitaire, surveillance épidémiologique, hygiène alimentaire). De nouveaux programmes sont également en place tels que le bien-être animal, la sécurité de production, et le bio- terrorisme (dangers physiques et chimiques).
Comparaison du coût de la production laitière en divers pays
M. Thorstem Hemme du Réseau international de comparaisons agricoles (International Farm Comparison Network (IFCN)) a présenté un rapport sur “Les prix du lait et les coûts de la production laitière en 2003: une comparaison globale”. Il a indiqué que les prix du lait sont déterminés normalement par l’intéraction de la demande, de l’offre, et du cadre des politiques agricoles en place. Le rapport IFCN fait état d’un différentiel important au niveau des prix internationaux du lait.
Deux conclusions principales découlent de cette comparaison globale des prix laitiers:
1) La diversité de prix laitiers parmi les pays reflète les politiques commerciales nationales et internationales en matière d’échange et de marché. Les négociations en cours à l’OMC amène un nombre grandissant de pays à souscrire l’Accord sur l’Agriculture qui apportera une libéralisation encore plus importante aux marchés laitiers mondiaux; l’on peut donc s’attendre à des changements et glissements considérables dans la production laitière.
2) La comparaison des prix du lait ne suffit pas à elle seule à tirer des conclusions, ni sur la compétitivité de la production laitière, ni sur l’évolution future des parts de marché. Voilà pourquoi le rapport dans l’étape suivante passe à une comparaison des coûts de production dans quelques pays sélectionnés.
Il en résulte que les coûts de production laitière varient significativement au sein de l’Europe ainsi qu’en Amérique. Même à l’intérieur d’un seul pays, des avantages considérables ont été identifiés pour les exploitations les plus importantes par rapport aux plus petites. Or, ce sont les exploitations de taille moyenne qui représentent la majorité de la production laitière; les plus concurrentielles se trouvent en Amérique du sud, Océanie, et Pologne (où le coût de production n’atteint pas les 17 dollars US/100 kg de lait).
Pour ce qui est des prix du lait à l’intérieur d’un même pays, deux scénarios pourraient se présenter à l’avenir dans le contexte d’un marché global libéralisé:
- Les pays producteurs de lait qui desservent uniquement le marché local de lait frais et qui n’ont pas de concurrents dans un périmètre de 500–1000 km par la route peuvent toucher des prix nettement supérieurs aux prix du marché mondial.
- Dans les autres pays, les prix du lait perçus par les agriculteurs dépendront des prix du marché mondial des produits laitiers (beurre, produits laitiers écrémés, fromage standard) et des résultats obtenus par les usines de transformation et traitement locales.
Quel avenir se dessine donc pour le marché mondial du lait? Dans un marché libéralisé, le prix du lait au niveau international dépendra du producteur le moins compétitif qui maintiendra encore sa production laitière. Ceci prouve que contrairement aux producteurs extrêmement compétitifs de l’hémisphère sud, les producteurs marginaux dans le nord continueront d’exercer une influence certaine. Si les mêmes données de 2003 s’appliquaient au rapport actuel des prix des intrants/taux de change, un prix d’environ US$28/100 kg de lait serait réaliste dans le cadre d’un marché laitier libéralisé. Dans cette fourchette, les grandes exploitations des Etats-Unis et de l’Europe occidentale arriveraient bien à produire du lait. Ce chiffre dépasse considérablement l’estimation pour l’année 2002 qui avait été calculée sur la base de l’analyse IFCN.



