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60e Anniversaire de la FIPA 1946-2006

 

Rétrospective de 60 ans d’histoire de la FIPA

par David King, Secrétaire général, Séoul 17 mai 2006

 

Pendant que je m’adresse à vous, vous verrez l’album de photos de la FIPA qui fera défiler sur les écrans des images des 60 dernières années. Vous avez donc le choix : m’écouter ou regarder les photos.

 

À l’époque où les pays du monde reconstruisaient leur économie après la guerre en 1945, nous avons été témoins de la création de nombreuses organisations internationales. Les Nations Unies ont été crées à New York, tandis que la FAO voyait le jour à Rome à titre de branche internationale pour l’agriculture ; nous avons également observé la naissance de toute une autre série d’organisations internationales chargées de promouvoir la coopération internationale. Il s’agissait de garantir que, dans l’avenir, les pays travailleraient ensemble et que jamais il n’y aurait une autre Guerre mondiale.

 

La FIPA est née dans ce contexte, pour devenir l’organisation mondiale des agriculteurs qui collaborerait avec la FAO, tout comme vous le faites au niveau national avec votre propre gouvernement. Il est intéressant de comparer les objectifs des deux organisations : la FIPA a été créée dans le double but d’assurer un approvisionnement alimentaire suffisant aux consommateurs et un niveau de vie acceptable aux producteurs. Si vous lisez les statuts de la FIPA, vous verrez que nos objectifs consistaient à répondre aux besoins de consommation de la population mondiale, ainsi que d’améliorer les moyens de subsistance de tous ceux qui vivent de la terre. La similitude des objectifs de ces deux organisations illustre le consensus international qui régnait clairement à l’époque.

 

Nous avons commencé par 13 pays qui se sont réunis à la Church House de Londres pour créer la FIPA. Nous avons encore une personne – en fait, il y en a aussi une autre qui est hélas trop  malade pour voyager – qui est parmi nous aujourd’hui et qui était présente à cette réunion en mai 1946. M. S.M. Wahi, voudriez-vous vous signaler ? Nous lui rendrons hommage plus tard.

 

Le climat qui régnait au cours de la période qui a immédiatement suivi la Guerre était empreint de coopération, d’un esprit de coopération, de coopération dans la pratique, mais aussi de coopération comme idéal. Nous venions de traverser les années trente de la Grande dépression : la libéralisation et l’économie du laissez-faire étaient vraiment discréditées. Dans les années quarante, on bâtissait donc véritablement sur les cendres du laissez-faire. À l’époque, la FIPA se livrait à une promotion très active des accords internationaux sur les produits; nous prônions la création d’une banque mondiale des céréales et d’une politique alimentaire mondiale, et vous pouvez vous-mêmes constater comment les choses ont changé depuis.

 

J’aimerais maintenant passer en revue les années soixante, où le nombre de nos membres, qui était de 13 pays au départ, a commencé à croître pour la première fois; les membres fondateurs comptaient en gros les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et d’autres pays d’Europe et du Commonwealth britannique. Dans les années soixante, de nombreux pays sont devenus indépendants dans le monde en développement, et nous avons observé une première croissance du nombre de nos membres.

 

Passons maintenant au début des années soixante-dix, et vous vous souviendrez sans doute de 1971, de 1972, et tout particulièrement de 1973, la crise du pétrole et la crise alimentaire mondiale. En 1974, la FAO tenait une conférence mondiale sur l’alimentation. Je me souviens que j’étais assis à mon bureau de la Fédération canadienne d’agriculture (FCA) comme jeune économiste lorsque le président de la FIPA, Charlie Munro, rédigeait son discours pour la Conférence mondiale de l’alimentation. Il écrivit notamment : « La sécurité alimentaire est synonyme de sécurité pour les agriculteurs. » Nous avons eu d’autres conférences mondiales de l’alimentation, en 1996 et en 2002, mais notre message est toujours demeuré le même : « Si vous placez l’agriculteur au cœur d’une stratégie mondiale de développement, vous commencerez à voir la faim régresser. »

 

Il y eut ensuite le Cycle de Tokyo de l’OMC, celui qui précéda le Cycle d’Uruguay. L’agriculture n’était toujours pas au programme de l’OMC, mais nous avons été témoins de l’ajout d’un accord sur la viande et d’un accord sur les produits laitiers dans le Cycle de Tokyo. Ce fut une source de satisfaction de voir que l’accord sur les produits laitiers de l’OMC s’apparentait très étroitement à l’accord international des producteurs laitiers que la FIPA avait proposé à l’époque glorieuse où nous étions en faveur des accords internationaux sur les produits de base.

 

Les politiques agricoles de l’après-guerre devinrent bientôt victimes de leur succès; les excédents commencèrent à apparaître. Dans les années quatre-vingt, nous avons observé de nombreux problèmes de commerce international lorsque l’UE et les États-Unis, entre autres, ont commencé à subventionner l’exportation de leurs excédents sur les marchés mondiaux. Les prix ont chuté et nous sommes entrés dans une période de grande incertitude pour les agriculteurs.

 

Au milieu des années 1980, plusieurs pays ont décidé d’opter pour la libéralisation et la déréglementation. Les gouvernements ont retiré leur soutien à l’agriculture. La Nouvelle‑Zélande et l’Australie ont aboli leurs subventions agricoles. D’autres pays ont fait un choix différent et ont décidé de contrôler la production excédentaire en instaurant les systèmes de contingent. La FIPA a longuement débattu de la façon dont on traverserait cette crise des exportations subventionnées et des marchés déprimés. Ce fut une période de grande incertitude, qui allait durer dix ans, pendant laquelle les négociations du Cycle d’Uruguay et de l’OMC se sont amorcées.

 

Je me souviens que le président de la FIPA de l’époque, M. Kjeldsen du Danemark, a fait une conférence de presse juste avant la conclusion des accords du Cycle d’Uruguay, au cours de laquelle il a déclaré que les agriculteurs du monde réclamaient des règles multilatérales dans la gestion des échanges internationaux. « Si ce Cycle se solde par un échec, ce n’est pas à cause des agriculteurs », a-t-il déclaré. Nous nous sommes fait taper sur les doigts par de nombreuses ONG pour avoir parlé ainsi. Toutefois, jusqu’à présent, la FIPA a cru dans les règles de coopération multilatérale en matière commerciale, même si, comme en atteste notre déclaration sur le commerce, nous aurions rédigé ces règles de manière tout à fait différente.

 

Donc, au milieu des années 1990, la FIPA est entrée dans une période où la « coopération », pour la promotion de laquelle elle avait été fondée, fut remplacée par la « concurrence ». La FIPA a cessé de parler de la façon de conclure des accords internationaux, pour discuter de la façon d’instaurer des règles pour assurer une concurrence loyale. Lorsque l’OMC a inclus l’agriculture en 1995, elle a également inclus un accord sur les MSP (mesures sanitaires et phytosanitaires). Cet accord sur les MSP a en fait inspiré les normes du Codex Alimentarius qui portent sur la santé humaine, les normes de l’OIE qui portent sur la santé animale, et certains des accords de la FAO en matière de santé des végétaux, qui constituent l’assise du droit international. Ainsi, la FIPA devait vraiment s’engager dans une voie différente au niveau mondial, alors que les organisations internationales commençaient à instaurer des règles internationales touchant l’agriculture, et ne se contentaient plus de donner des conseils stratégiques aux gouvernements.  Nous étions alors entrés dans une ère de mondialisation, avec des règles mondiales, et la FIPA devait donc s’engager à un tout autre niveau.

 

En 1994, Graham Blight d’Australie est devenu président de la FIPA, et a amorcé une mutation importante du fonctionnement de la FIPA. C’était une ère nouvelle, et il nous fallait changer. Gerard Doornbos des Pays-Bas a pris la suite de Graham Blight à la présidence de la FIPA en 1998, et il a lancé certaines initiatives marquantes qui ont vu émerger une nouvelle FIPA.

 

Je me souviens de la conférence de la FIPA à Hanovre en 2000, notre conférence du Millénaire. Nous avons créé le Comité de coopération pour le développement; nous avons créé AgriCord et commencé à acheminer des sommes importantes pour financer le renforcement des capacités aux organisations membres des pays en développement. La FIPA a également élaboré une stratégie en 15 points pour s’attaquer à la faim et à la pauvreté dans le monde. Cette mesure marqua le début d’une période de croissance intense pour la FIPA.

 

Aujourd’hui, sous la présidence de M. Wilkinson, la FIPA est très axée sur les résultats, comme vous l’avez entendu dans son discours : « Qu’est-ce que vous apporte l’adhésion à la FIPA? ». La FIPA collabore maintenant non seulement avec la FAO, ce qui justifiait notre création, ou avec l’OMC, mais aussi avec un grand nombre d’autres organisations internationales qui s’occupent des questions touchant les agriculteurs. Nous collaborons avec l’Organisation mondiale de la santé, avec l’Office international des épizooties (OIE), avec les trois conventions environnementales des Nations Unies – je suis heureux de saluer le directeur général de la Convention de la lutte contre la désertification des Nations Unies ici présent, qui prononcera tout à l’heure une allocution à ce congrès pour souligner l’Année internationale des déserts et de la désertification. La FIPA est désormais présente partout; plus de 50 organisations internationales nous ont accordé un statut de consultation.

 

Alors que la FIPA amorce sa 60e année, nous nous trouvons dans une nouvelle phase où il nous faudra encore une fois nous adapter : nous adapter pour devenir une organisation plus forte, plus ciblée et plus axée sur les résultats. La force de la FIPA a toujours été sa capacité de s’adapter pour répondre aux nouveaux défis qui se posent aux agriculteurs du monde entier. Et nous continuerons de le faire.

 

J’aimerais conclure en vous disant que j’ai relu le discours que l’un de mes prédécesseurs avait prononcé en 1971 à l’occasion du 25e anniversaire de la FIPA, et qui déclarait ce qui suit : « Y aura-t-il un 50e anniversaire? » Eh bien, nous avons vécu 50 ans, nous avons passé le cap des 60 ans et, en nous acheminant vers notre 100e anniversaire, j’espère tout simplement que les jeunes agriculteurs qui seront les dirigeants en 2046 seront convaincus, comme nous, que « pour bien travailler, il faut travailler ensemble ».

Merci de votre attention.